La 38e édition de Visa pour l’Image a dévoilé son palmarès pendant la semaine professionnelle, du 31 août au 5 septembre 2026. Neuf Visa d’or, quatre bourses et sept prix ont été remis à Perpignan, pour plus de 150 000 euros de dotations.
La Syrie, Gaza et Madagascar dominent les grands Visa d’or, mais le palmarès s’ouvre aussi à des sujets plus inattendus, des mariages virtuels japonais à l’illettrisme en France, et inaugure deux récompenses : le Visa d’or Online et le Prix Écologie 360.
Sommaire
- Syrie, Gaza, Madagascar : les terrains de l’actualité
- Un Visa d’or Magazine loin des zones de guerre
- L’invisible en France et en Europe
- Environnement : un nouveau prix, et un lauréat inattendu
- Des bourses pour des projets encore à réaliser
- Numérique : le New York Times primé, et un Visa d’or Online trimestriel
- Raymond Depardon, Visa d’or d’honneur
Syrie, Gaza, Madagascar : les terrains de l’actualité
Le Visa d’or de la Presse Quotidienne Gökşin Sipahioğlu by Sipa Press, doté de 8 000 euros et remis pour la troisième année consécutive par Sipa Press, revient au quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung pour le travail de Dominic Nahr à Soueïda, dans le sud de la Syrie. Vingt-quatre titres étaient en compétition.

Le Visa d’or News Roger Thérond par Paris Match (8 000 euros) distingue Luis Tato (AFP) pour sa couverture des manifestations de la génération Z à Madagascar, qui ont abouti au départ du président Andry Rajoelina en octobre 2025. Un sujet qui sort des terrains habituellement primés à Perpignan et qui rappelle que les mobilisations de jeunesse, du Kenya au Népal, ont constitué l’un des fils rouges de l’année écoulée.

Le Visa d’or de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik, qui récompense depuis vingt ans le meilleur reportage d’un jeune photographe, va à Philémon Barbier (Hors Format) pour son travail en Syrie. Le photographe signe l’un des doublés de cette édition, puisqu’il remporte également le quatrième Visa d’or Online.

Le Visa d’or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge, créé en 2011 et doté de 8 000 euros, revient à Khames Alrefi pour son travail dans la bande de Gaza, où il documente depuis deux ans la vie quotidienne sous les bombardements et la crise alimentaire.

Un Visa d’or Magazine loin des zones de guerre
Le Visa d’or Magazine (8 000 euros, financés pour la dix-neuvième fois par la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée) échappe cette année aux terrains de conflit. Il revient à Jérôme Gence pour Les mariages virtuels au Japon, publié dans Le Figaro Magazine, un travail au long cours sur ces personnes qui épousent un personnage de fiction. Le sujet le plus connu de la série, Kondo, a célébré son union avec la chanteuse virtuelle Hatsune Miku à Tokyo en 2018.
Le choix est notable pour un festival régulièrement critiqué pour la place accordée aux images de guerre. Il était en compétition avec quatre sujets nommés portant sur l’Irlande du Nord, l’Afghanistan, le Pakistan et la Colombie.

L’invisible en France et en Europe
Le Visa d’or des Solidarités, financé par le Département des Pyrénées-Orientales (8 000 euros), distingue Jérémy Lempin pour L’école de la vie : liberté, égalité, invisibilité, consacré à l’illettrisme en France. Un sujet qui touche des centaines de milliers d’adultes et reste très peu photographié.

Dans la même veine, le Prix Roger Pic, décerné depuis 1993 par la Scam et doté de 5 000 euros, va à Vincent Gouriou pour Les ombres claires, série construite au fil de trois immersions auprès des aides à domicile en Dordogne.

Le Prix ANI-PixTrakk (6 000 euros, financés par PixTrakk) revient à David J Shaw pour Jaywick Sands Happy Club, sur les réseaux d’entraide d’un village de la côte est de l’Angleterre.

Le Prix Boulat, soutenu à hauteur de 8 000 euros par le Douglas Kirkland Estate, permettra à Adra Pallón de poursuivre Lumes, sur la disparition d’un mode de vie dans la Galice rurale, entre exode, dégradation de l’environnement et abandon institutionnel.

La Bourse de la nouvelle photographie urbaine soutenue par Google, remise avec Dysturb (8 000 euros), va pour sa septième édition à Inès Verheyleweghen, dont l’image primée a été réalisée dans les rues de Tbilissi pour Le Monde.

Environnement : un nouveau prix, et un lauréat inattendu
Nouveauté 2026, le Prix Écologie 360 – Reporters d’Espoirs entend valoriser une approche « positive, optimiste et porteuse d’espoir » de la transition écologique, selon les termes du dossier de presse du festival. Pour sa première édition, il récompense Laurent Ballesta pour son travail sous-marin.

ponton-grue, golfe du Lion, France, – 14 m © Laurent Ballesta, lauréat 2026 du Prix Écologie 360 – Reporters d’Espoirs
Le choix mérite d’être discuté. Laurent Ballesta est biologiste marin et photographe naturaliste, plusieurs fois primé au Wildlife Photographer of the Year, mais il n’appartient pas au champ du photojournalisme que défend habituellement Perpignan. Le prix consacre ici une esthétique de l’émerveillement plus qu’une enquête, ce qui correspond au cahier des charges affiché par Reporters d’Espoirs, mais déplace la frontière du festival.
Le Prix Photo – Fondation Yves Rocher (8 000 euros, douzième édition) est attribué à Jonathan Browning, qui poursuivra en Italie et en Islande son projet sur les habitants des zones volcaniques ayant choisi de rester sur place.

Des bourses pour des projets encore à réaliser
Plusieurs dotations financent des reportages à venir. La Bourse Canon de la Femme Photojournaliste (8 000 euros, vingt-sixième édition) permettra à Meeri Koutaniemi de suivre Elizabeth Nkere, militante kényane contre les mutilations génitales féminines, qui a créé un foyer accueillant quarante jeunes filles.

La Bourse Canon du documentaire vidéo court-métrage (8 000 euros et un prêt de matériel) va à Axel Javier Sulzbacher pour Before Being a Child, sur les enfants enrôlés dès six ans dans une milice du Michoacán, au Mexique. Le film sera projeté lors de l’édition 2027.

Le Prix Françoise Demulder, financé depuis 2020 par le ministère de la Culture, accompagne deux photographes à hauteur de 8 000 euros chacune : Sarah Caron pour un projet sur la cosmologie et la résilience climatique des Kalash au Pakistan, et Laurence Geai sur l’implantation des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.


Le Prix Camille Lepage, soutenu par la SAIF (8 000 euros), permettra à Robin Tutenges (Hors Format) de poursuivre son travail sur la jeunesse birmane entrée en résistance.

Enfin, la Bourse La SAIF / Benoît Schaeffer pour l’édition photographique, la mieux dotée du palmarès avec 10 000 euros, revient à Guillaume Herbaut pour une monographie rétrospective à paraître chez Textuel.

Numérique : le New York Times primé, et un Visa d’or Online trimestriel
Le Visa d’or de l’Information numérique franceinfo, organisé avec France Médias Monde, France Télévisions, Radio France et l’INA, distingue pour sa onzième édition Land Grab: Israel’s Escalating Campaign for Control of the West Bank, enquête du New York Times signée Daniel Berehulak, Michael D. Shear, Leanne Abraham et Fatima AbdulKarim. Le jury a salué l’articulation entre les photographies et la cartographie interactive pour documenter les violences de colons en Cisjordanie. Une mention spéciale va à Maria Turchenkova et Leonid Stein pour leur série en trois épisodes à bord du Transsibérien, publiée par Le Monde.

L’autre nouveauté de l’année est le Visa d’or Online, doté de 1 500 euros par trimestre par le Douglas Kirkland Estate, ouvert gratuitement à tous les photographes via leur espace personnel sur le site du festival. Quatre lauréats ont été désignés en 2026 : Toby Binder, Rafael Yaghobzadeh, Ahmad Hasaballah et Philémon Barbier. Le dispositif étale le soutien du festival sur l’année, mais avec une dotation cinq fois inférieure à celle des Visa d’or historiques.




Raymond Depardon, Visa d’or d’honneur
Le Visa d’or d’honneur du Figaro Magazine, doté de 8 000 euros pour la quatorzième année, revient à Raymond Depardon pour l’ensemble de sa carrière. L’image retenue pour le palmarès, un phalangiste chrétien photographié à Beyrouth pendant la guerre civile en 1978, rappelle les années de reportage du cofondateur de Gamma, avant le cinéma documentaire et les grands travaux sur la France rurale.

Ces prix ont été remis quelques jours après la disparition de Jean-François Leroy, le 31 août 2026. Les jurys avaient rendu leurs décisions avant l’ouverture du festival, mais c’est la première cérémonie depuis 1989 qui se déroule sans son fondateur.
Le festival s’est terminé le 13 septembre 2026. Les expositions rouvrent ensuite pour les groupes scolaires du 14 au 18 septembre et du 21 au 25 septembre.


