Lancé fin mai 2026 en monture Nikon Z, puis début juillet en montures Sony E et L, le 7Artisans AF 135 mm f/1,8 marque un tournant pour le constructeur chinois : après des années passées à produire des optiques d’entrée de gamme, il signe ici sa focale fixe autofocus la plus premium.
Affiché sous la barre des 800 €, soit moins de la moitié qu’un Sony FE 135 mm f/1,8 GM, il ne fait pas l’impasse sur l’essentiel, avec une formule optique soignée, une construction tout métal et une ergonomie complète.
Mais que valent réellement ses performances face à un capteur très défini ? Son autofocus tient-il la comparaison avec ses concurrents directs ? Voici notre test du 7Artisans AF 135 mm f/1,8.

Sommaire
Présentation
Longtemps cantonné aux optiques manuelles à bas prix, 7Artisans étoffe depuis quelque temps sa gamme autofocus. Après des focales fixes pour hybrides plein format ou APS-C comme les AF 85 mm f/1,8 et AF 35 mm f/1,4, cet AF 135 mm f/1,8 « MAX » (comme il est parfois désigné), marque un changement d’échelle : c’est la première optique de la marque à viser directement le segment des téléobjectifs portrait haut de gamme.

Le calendrier de sortie s’est fait en deux temps. La monture Nikon Z a ouvert le bal fin mai 2026, suivie début juillet par les montures Sony E et L. Le tarif, lui, ne bouge pas : 749 €, quelle que soit la monture retenue.
Focale de prédilection des portraitistes, le 135 mm compresse les perspectives et isole le sujet de son arrière-plan avec une facilité déconcertante, mais il ne se limite pas au studio : on le retrouve aussi bien en photo de reportage, de mariage, de spectacle ou de sport en salle.

Son ouverture à f/1,8 (assurée par un diaphragme circulaire à 12 lamelles) lui permet de continuer à travailler lorsque la lumière baisse, sans faire grimper la sensibilité outre mesure.

Sur le papier, la fiche technique n’a rien d’un objectif d’entrée de gamme, avec 16 lentilles en 13 groupes, dont 6 verres ED (à faible dispersion) et 5 lentilles HR (à haut indice de réfraction). L’autofocus utilise lui un moteur classique STM et il sera intéressant de voir comment il se comporte avec des lentilles d’un grand diamètre (et au poids élevé).

Voici la liste des caractéristiques techniques du 7Artisans AF 135 mm f/1,8 :
- focale : 135 mm (équivalent 202,5 mm en APS-C)
- objectif pour capteur : plein format
- ouverture max : f/1,8
- ouverture min : f/16
- angle de champ : 18,4°
- construction optique : 16 lentilles en 13 groupes, dont 6 verres ED et 5 éléments HR
- diaphragme : circulaire à 12 lamelles
- distance minimale de mise au point : 68 cm
- stabilisation d’image : non
- tropicalisation : un joint d’étanchéité au niveau de la monture
- grossissement max : 0,25x
- mise au point : AF, moteur pas-à-pas (STM)
- diamètre du filtre : 82 mm
- dimensions : ø 91,2 x 130 mm
- poids : 1014 g (monture E)
- accessoires fournis : pare-soleil
- monture compatible : Sony E, Nikon Z, L
- prix au lancement : 749 €
Construction et ergonomie
Avec 1,01 kg sur la balance pour 13 cm de long et un diamètre de 9,1 cm, le 7Artisans se situe dans la moyenne haute de la catégorie. Il reste plus léger que le Viltrox AF 135 mm f/1,8 LAB et ses 1,23 kg, mais nettement plus lourd que le Samyang AF 135 mm f/1,8 FE (772 g). De leur côté, les optiques signées Nikon et Sony ont un poids inférieur au kilogramme.

Associé à un Sony A1, la prise en main est correcte, à condition d’accepter un certain déséquilibre, l’objectif tirant franchement vers l’avant. Aucun collier de pied n’est fourni (ni proposé en option).
Le fût est entièrement métallique, et les finitions n’ont pas grand-chose à envier à des optiques plus haut de gamme. La tropicalisation se limite à un joint d’étanchéité au niveau de la monture : de quoi rassurer face à quelques gouttes, sans plus de garanties sur le reste du fût.

Côté commandes, 7Artisans se montre généreux : une large bague de mise au point manuelle (peut-être un peu trop fluide à notre goût), une bague d’ouverture crantée (sur les montures E et L, la version Nikon Z troquant celle-ci contre une bague multifonction lisse), un commutateur AF/MF et deux boutons de fonction personnalisables.

Deux réserves toutefois. Les crans de la bague d’ouverture manquent de fermeté, et le mécanisme du diaphragme se montre bruyant, ce qui se remarquera en vidéo. Un pare-soleil long de 4,5 cm complète le tableau. Petite coquetterie, un blason argenté « 7Artisans » a été apposé sur le flanc de l’objectif… mais sa peinture se dégrade très vite ! Espérons que ce défaut soit limité à notre exemplaire de test…

Un port USB-C est logé sur la baïonnette. Il permet de mettre à jour le firmware de l’objectif en le raccordant directement à un ordinateur.
Qualité d’image du 7Artisans AF 135 mm f/1,8
Pour mesurer les performances de cette optique, nous l’avons utilisée avec un Sony A1 et son capteur plein format de 50 Mpx.
N’hésitez pas à cliquer sur chaque image pour l’afficher en qualité optimale.



Sensation de piqué et homogénéité
En termes de performances optiques, force est de constater que le bilan est très favorable. Dès f/1,8, le centre de l’image est très bon, la zone intermédiaire plus que correcte, et les angles se maintiennent à un niveau supérieur à ce que le tarif laisse présager.

À f/4, la netteté devient encore meilleure, tandis que l’homogénéité maximale est atteinte à f/5,6.

Avec un tel niveau de détail, on apprécie de pouvoir compter sur les fortes définitions pour recadrer sans arrière-pensée. Un portrait en buste se retaille en gros plan, ou un sujet trop lointain est facilement recentré dans le cadre, tout en conservant un haut niveau de netteté.


C’est le meilleur moyen d’aller observer les détails d’une image, d’une texture et de vérifier la qualité réelle du piqué.


Le rendu colorimétrique, enfin, se montre très juste et n’appelle aucune correction particulière au développement, avec des teintes de peau naturelles et sans dominante marquée. Les contrastes sont bien prononcés, y compris à pleine ouverture.

Distorsions et aberrations
Les distorsions sont très bien corrigées. Avec des yeux de lynx, on peut à la limite observer une infime déformation en coussinet qui se corrige d’un simple réglage dans Lightroom.


Les aberrations chromatiques sont bien corrigées et ne se manifestent que dans des situations extrêmes, avec une décoloration magenta qui peut apparaître sur les transitions à f/1,8. Elle disparaît en fermant à f/4. On voit ici que le profil de correction intégré fait bien son travail.


De même, la gestion du vignetage est très soignée. On ne relève qu’un léger assombrissement dans les angles à f/1,8, un phénomène qui diminue drastiquement dès f/2,8 et devient négligeable à partir de f/4. Jolie performance.



Enfin, face à une source lumineuse dans le champ ou en limite de cadre, le flare apparaît assez facilement, surtout aux grandes ouvertures. Le pare-soleil fourni n’est donc pas un accessoire superflu. En contrepartie, les 12 lamelles produisent de jolis starbursts à 12 branches à partir de f/5,6.

Distance minimale de mise au point et bokeh
La restitution du bokeh est très soignée. Les bulles sont bien rondes au centre, et si on note un effet œil de chat sur les bords du cadre à pleine ouverture, cela ne perturbe pas le rendu général. Les transitions entre le sujet et l’arrière-plan sont douces. À f/1,8, le pouvoir de séparation est impressionnant.

L’objectif se distingue aussi par une distance minimale de mise au point assez courte pour sa catégorie : 68 cm contre 70 cm pour le Sony GM, ou encore 72 cm pour le Viltrox LAB, quand le 135 mm Plena de Nikon s’arrête à 82 cm. Avec un grossissement de 0,25x, cela permet de remplir aisément l’image avec un regard, une main ou un détail d’un objet.

Cette faible distance de MAP a un revers. À 68 cm et à f/1,8, la profondeur de champ est extrêmement petite, et la mise au point se joue littéralement au cil près. Cela impose donc une confiance totale dans la détection de l’œil du boîtier, sur laquelle nous reviendrons.

Autofocus du 7Artisans AF 135 mm f/1,8
L’objectif s’appuie sur un moteur pas-à-pas classique. Celui-ci est parfois un peu audible et sa vélocité reste moyenne au regard de la concurrence.

Sur sujet statique, la mise au point est fiable et la détection de l’œil du boîtier fonctionne normalement. En revanche, dès que le sujet se déplace rapidement ou de façon imprévisible, le taux de déchet augmente sensiblement, avec quelques pompages et des hésitations lors des changements de plan.

L’absence de limiteur de plage de mise au point n’aide pas : lorsque l’objectif décroche, il peut balayer l’intégralité de la plage avant de raccrocher le sujet. On prend conscience ici des limitations d’un objectif de cette envergure lancé sous les 800 €.

(Absence de) stabilisation du 7Artisans AF 135 mm f/1,8
Comme ses concurrents, ce 135 mm ne dispose d’aucune stabilisation optique. Il faut donc s’en remettre à la stabilisation du capteur, qui nous a permis de descendre jusqu’au 1/8 s sur le Sony A1 si l’on voulait conserver un taux de déchet assez bas, soit environ 4 stops. Une valeur cohérente avec les 5,5 stops théoriques du boîtier (mais obtenus avec un 50 mm bien plus court et léger).



En se gainant et en contrôlant sa respiration comme un apnéiste, il est possible de tenir la demi-seconde, mais cela relève plus du miracle qu’autre chose.
En clair : pour éviter toute photo floue à cette focale en toute circonstance, mieux vaut ne pas descendre sous 1/250 s, voire 1/320 s, d’autant que la grande ouverture f/1,8 permet d’éviter une envolée des ISO.
Retrouvez ci-dessous une sélection d’images capturées avec le 7Artisans AF 135 mm f/1,8 :













Face à la concurrence
Longtemps chasse gardée des constructeurs historiques, le 135 mm f/1,8 s’est démocratisé en quelques années et la monture Sony E concentre l’essentiel de l’offre, avec trois alternatives directes. Les utilisateurs de boîtiers Nikon Z et surtout Panasonic, Leica ou Sigma en monture L auront, eux, nettement moins de choix.
- Sony FE 135 mm f/1,8 GM : la référence du segment garde l’avantage sur l’autofocus, avec ses moteurs linéaires et son intégration parfaite aux boîtiers maison, tout en restant plus compact et plus léger (950 g). Mais à 1 769 €, il est bien plus premium.
- Viltrox AF 135 mm f/1,8 LAB : disponible en montures E et Z, c’est l’alternative la plus proche sur le plan optique, avec une ergonomie plus riche, comme un limiteur de plage de mise au point. Il pèse aussi 221 g de plus, pour un gabarit qui se fait vite sentir en fin de journée. Son prix sous les 900 € le rend également assez attractif.
- Samyang AF 135 mm f/1,8 FE : vendu plus ou moins au même tarif (769 €) que l’objectif de 7Artisans, il est surtout 242 g plus léger. Il faut en revanche se contenter d’une ergonomie plus sommaire. Il est uniquement proposé en monture Sony E.
- Nikkor Z 135 mm f/1,8 S Plena : côté monture Z, la référence optique de Nikon reste hors d’atteinte, avec un tarif de 2 729 €. Soit près de quatre fois le prix du 7Artisans. Un rapport de force qui confirme en bonne partie la pertinence de l’objectif du constructeur chinois.
- Sigma 135 mm f/1,8 DG HSM Art : conçu à l’origine pour les reflex, mais toujours décliné en montures E et L, ce vétéran de 2017 se trouve encore autour de 1 374 €, et à moitié prix sur le marché de l’occasion. Sa qualité optique n’a pas pris une ride, mais son moteur HSM, sa distance minimale de mise au point de 87,5 cm et ses 1,23 kg rappellent qu’il n’a pas été pensé pour les hybrides.
À noter que Sigma propose désormais le 135 mm f/1,4 DG Art. Il boxe dans une tout autre catégorie, tant par son ouverture, son gabarit de 1,43 kg, ou son prix de 1 849 €.
7Artisans AF 135 mm f/1,8 : la bonne surprise
Sur le plan optique, le pari de ce 7Artisans AF 135 mm f/1,8 est réussi. Piqué élevé dès la pleine ouverture, vignetage et distorsion très contenus, aberrations chromatiques bien corrigées, bokeh très agréable à l’œil : ce 135 mm n’a pas à rougir face à des optiques deux à quatre fois plus chères, et il supporte sans difficulté les capteurs les plus définis.
Les compromis sont ailleurs. L’autofocus, correct avec des sujets statiques, reste en retrait dès qu’il faut suivre un mouvement. De même, la sensibilité au flare nécessite de conserver le pare-soleil, tandis que le poids supérieur au kilo requiert un bon équilibre. Malgré tout, le rapport qualité-prix est difficile à prendre en défaut, au vu de son tarif de 749 €.
Vous pouvez retrouver le 7Artisans AF 135 mm f/1,8 en monture Nikon Z, Sony E et en monture L chez Digixo, Digit-Photo, Amazon, sur la boutique officielle 7Artisans et auprès des revendeurs spécialisés.
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