Fondateur et directeur historique de Visa pour l’Image, Jean-François Leroy s’est éteint le 31 août 2026 à Paris, à 69 ans, deux jours après l’ouverture de la 38e édition du festival. Retour sur le parcours, les combats et le caractère d’une figure qui a marqué plusieurs générations de photographes.

Sommaire
- Décès du fondateur et directeur historique de Visa pour l’Image
- Qui était Jean-François Leroy ? Du labo de La Vie catholique aux rédactions photo
- 1989 : Perpignan cherche un festival, Jean-François Leroy crée Visa pour l’Image
- Jean-François Leroy, un directeur de festival à coups de gueule et d’exigence
- Visa pour l’Image 2026, son dernier combat pour le réel
- Quel avenir pour Visa pour l’Image après Jean-François Leroy ?
Décès du fondateur et directeur historique de Visa pour l’Image
Jean-François Leroy est mort lundi 31 août 2026 au matin, à son domicile parisien, des suites d’un cancer, à l’âge de 69 ans. L’annonce est tombée alors que la 38e édition de Visa pour l’Image venait tout juste de démarrer à Perpignan. Trop affaibli, il n’avait pas pu assister à l’inauguration du samedi 29 août. C’était la première fois en près de quarante ans que le festival s’ouvrait sans lui.
« Toute l’équipe de Visa pour l’Image – Perpignan et toute la famille de Jean-François Leroy ont la tristesse de vous annoncer la mort, ce lundi 31 août au matin, du fondateur et directeur historique du festival international du photojournalisme », indique le festival.
Sa maladie ne l’avait pas tenu à l’écart du travail : la programmation de cette 38e édition est la sienne, du premier au dernier accrochage, a précisé Delphine Lelu, directrice générale de Visa pour l’Image, à l’AFP. Le thème qu’il avait retenu, « Le réel contre-attaque », prend aujourd’hui des allures de testament.
Qui était Jean-François Leroy ? Du labo de La Vie catholique aux rédactions photo
Né le 3 octobre 1956 à Paris, Jean-François Leroy découvre la photographie par sa tante, rédactrice en chef de La Vie catholique, qui l’initie au laboratoire et à la prise de vue. Après un début d’études de médecine vite abandonné, il bifurque vers la presse spécialisée : Photo-Reporter, Le Photographe, Photo-Revue, puis la rédaction en chef de Photo Magazine jusqu’en 1987.
Il passe aussi par l’agence Sipa Press, comme photographe puis comme éditeur, et devient en 1988 l’agent de Dominique Issermann. En 1989, il participe avec Yann Arthus-Bertrand à l’opération « 3 Jours en France ». Cette année marque aussi (et surtout) le début de l’aventure Visa pour l’Image.
1989 : Perpignan cherche un festival, Jean-François Leroy crée Visa pour l’Image
À la fin des années 1980, la mairie de Perpignan veut prolonger la saison touristique avec un événement culturel. Le projet trouve un parrain de poids, Paris Match, et son directeur de la rédaction Roger Thérond, avec qui Jean-François Leroy cofonde Visa pour l’Image en 1989.


L’idée de départ tient en une phrase : montrer les reportages de l’année ailleurs que dans les pages d’un magazine, en grand, dans les monuments du centre-ville de Perpignan, sans faire payer l’entrée. La première édition, en septembre 1989, réunit 123 professionnels accrédités venus de deux pays seulement, la France et l’Italie. Le principe n’a pas bougé en trente-huit éditions, et le public a suivi : la fréquentation dépasse aujourd’hui 220 000 visiteurs par an. Aucun autre festival au monde n’est entièrement dédié à la photographie de presse.
Être exposé ou primé à Perpignan a longtemps valu carte de visite. Dans Le devoir de regarder (coécrit avec Isabelle Fougère, MkF Éditions, sortie en septembre), Jean-François Leroy décrit la vocation du festival comme un équilibre entre trois publics de photographes : ceux que personne ne connaît encore, ceux qui sont déjà installés, et les grands anciens à redécouvrir. Le photographe Reza, joint par l’AFP, évoque un festival devenu le point de ralliement de la profession et un homme dont le rôle dans l’émergence de talents étrangers continuera de se faire sentir.
Jean-François Leroy, un directeur de festival à coups de gueule et d’exigence
On le repérait à cent mètres dans les rues de Perpignan, chapeau vissé sur la tête, et on l’entendait de plus loin encore, au micro du Campo Santo lors des soirées de projection. Jean-François Leroy ne faisait pas dans la nuance. Ses éditoriaux d’ouverture étaient toujours vrais et engagés.
Celui de 2026, daté du 20 avril, s’ouvrait sur la fausse image de Nicolás Maduro menotté qui avait trompé plusieurs médias en janvier, mais y voyait aussi une chance pour le journalisme, seul capable de fournir aux modèles d’IA les données vérifiées dont ils ont besoin.

Cyril Drouhet, directeur des reportages photo au Figaro Magazine, résume le personnage en une formule : « une grande gueule, un exemple incroyable de rigueur et de fidélité ». Il insiste sur la constance du bonhomme, qui n’a jamais transigé sur ses principes alors que le reportage de terrain perdait chaque année du terrain dans les rédactions.
Beaucoup de photographes qui lui ont soumis un portfolio en ont gardé le souvenir : le verdict tombait sans détour, et il n’était pas toujours agréable à entendre. Pour autant, hors du festival, Jean-François Leroy était également drôle et léger.
Visa pour l’Image 2026, son dernier combat pour le réel
Pour lui, le festival et la défense du droit d’informer ne faisaient qu’un. Interrogé par Blind Magazine à l’occasion de la 37e édition, en 2025, il jugeait la période plus sombre que jamais et donc le festival plus nécessaire que jamais.
Il y développait aussi une idée qui lui tenait à cœur : l’objectivité est un mot vide en journalisme, seule compte l’honnêteté du photographe. Et il répétait ce qu’il cherchait dans les dossiers qu’il recevait : du travail de terrain, signé d’une personne, pas des images glanées en ligne ni fabriquées par un algorithme.
Cette 38e édition en tire la conséquence logique. Sous le titre « Le réel contre-attaque », Visa pour l’Image se positionne comme l’antidote aux images trafiquées qui accompagnent désormais chaque actualité : ce qui est accroché sur les murs de Perpignan a été photographié par quelqu’un, quelque part, à une date connue.

Le photographe Samuel Bollendorff voit en lui « une des grandes, et peut-être des dernières incarnations du photojournalisme du XXe siècle ». Claudia Rahola, directrice du service photo de l’AFP, retient de son côté sa capacité à repérer les photographes avant tout le monde. Jusqu’à l’Élysée, qui a diffusé un communiqué qualifiant Jean-François Leroy d’« infatigable avocat du réel » et rappelant un détail biographique parlant : photographe à ses débuts, il jugeait ses propres images avec sévérité et a préféré consacrer sa carrière à celles des autres.
Chevalier des Arts et des Lettres, de l’ordre national du Mérite (2004) et de la Légion d’honneur (2009), Jean-François Leroy a longtemps été considéré comme le faiseur de rois du photojournalisme. On lui a aussi reproché, au fil des années, un certain conservatisme esthétique et des sélections parfois critiquées pour leur manque d’ouverture. Ce n’est probablement pas un hasard : la rigidité de ses choix était le revers d’une ligne éditoriale qui ne variait pas.
Quel avenir pour Visa pour l’Image après Jean-François Leroy ?
Le festival continue. Les expositions de la 38e édition restent accessibles gratuitement à Perpignan jusqu’au 13 septembre 2026. Delphine Lelu s’est engagée à maintenir le cap qu’il avait fixé pour Perpignan. Cyril Drouhet, lui, a une formule plus lapidaire : « Le roi est mort mais Visa continue ».
Reste une question que la profession se posait déjà depuis plusieurs années, et que sa disparition rend inévitable : qui portera, avec la même voix, le festival qu’il a incarné pendant trente-huit éditions ?



