Coup de tonnerre dans le monde des caméras d’action : GoPro passe sous le contrôle de Starman Optical dans le cadre d’une fusion valorisée à 285 millions de dollars. Si la marque promet de continuer à développer ses caméras Hero, Max et Mission, son nouveau terrain de jeu se situe désormais du côté de l’IA, des data centers et de la défense, bien loin des pistes de ski et des fonds marins qui ont bâti sa renommée.
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Au bord du gouffre, GoPro change de cap
Annoncé le 1er septembre dernier, ce rachat vient clore une longue descente aux enfers pour GoPro. À son apogée, en octobre 2014, l’entreprise pesait plus de 10 milliards de dollars en Bourse (!) et régnait sur la quasi-totalité du marché des caméras d’action. Hélas, ses tentatives de diversification (dans les drones par exemple) ont échoué, et la marque est aujourd’hui largement concurrencée par des acteurs comme DJI ou Insta360.
En juin dernier, la marque prévenait même ses actionnaires qu’elle risquait de mettre la clé sous la porte sans nouveaux financements. Nick Woodman, son fondateur et PDG, avait injecté 20 millions de dollars de sa poche le mois suivant pour maintenir l’entreprise à flot. De quoi assurer (provisoirement) le lancement des nouvelles caméras Mission 1 et Mission 1 ILS.
Enfin, cette fusion avec Starman Optical intervient quelques mois seulement après que GoPro a révélé envisager de se muer, de fabricant de caméras, en entreprise de technologies de défense. Pour l’entreprise américaine, cette opération prend donc des airs de mutation complète.
Qui est Starman Optical ?
Starman Optical est une société américaine d’optique-photonique, qui vise à développer et fabriquer aux États-Unis des émetteurs-récepteurs optiques (optical transceivers) destinés aux data centers via son activité Starman New Photonics. Elle appartient à Starman Holding, qui détient dans son (large) portefeuille plusieurs marques d’accessoires bien connues comme Incase, Incipio et Griffin. Ce point a d’ailleurs amené certains titres de presse à résumer l’opération à un rachat par « un fabricant de coques pour téléphone ».

Reste un point qui interroge : selon TechCrunch, Starman Optical n’a été constituée dans le Delaware que le 31 août, soit la veille de l’annonce ! Son entité opérationnelle, Starman New Photonics, semble avoir vu le jour en 2025. Autant dire que Starman Optical ne dispose d’aucun historique permettant réellement de juger de ses performances…
Quelle logique stratégique ?
À première vue, Starman et GoPro partagent peu d’éléments communs justifiant un tel rachat. L’argument tient en un chiffre-clé : plus de 2 500 brevets américains, accumulés par GoPro au fil de 24 ans d’expertise en imagerie et en optique. C’est ce « trésor de guerre » qui constitue la vraie raison de l’opération, bien plus que les caméras d’action.
Starman Optical vise en effet un tout autre horizon, celui de l’infrastructure des centres de données dédiés à l’IA. En effet, l’entreprise souhaite développer des émetteurs-récepteurs optiques, des modules qui font circuler les données entre les puces et les serveurs au cœur d’un data center. Un composant discret, mais devenu indispensable, dont la demande explose avec l’essor des grandes infrastructures d’IA. Au-delà, elle cible les domaines de la défense, de la robotique et de l’aérospatiale.

Le but de cette fusion est résumé ainsi par Charles Tebele, PDG de Starman Holding : « Les technologies avancées d’optique et d’imagerie sont essentielles à l’IA, à la sécurité nationale et à l’économie au sens large, alors qu’une grande partie du matériel critique qui les sous-tend continue d’être fabriquée à l’étranger. » En clair : marier le savoir-faire optique de GoPro à la production américaine de Starman, pour relocaliser aux États-Unis des composants aujourd’hui largement importés.
Et les caméras d’action ?
Faut-il pour autant dire adieu aux caméras d’action, comme l’ont titré certains ? GoPro assure qu’elle continuera de développer ses caméras grand public, ainsi que ses services d’abonnement et de Cloud. Dans le communiqué, rien n’annonce l’arrêt de cette gamme : le plan consisterait à greffer l’activité optique de Starman et ses ambitions dans la défense et l’aérospatiale par-dessus l’activité existante de GoPro.
Mais il faut se rendre à l’évidence : c’est bien la nature même de l’entreprise qui change. GoPro ne sera plus un « simple » fabricant de caméras, mais un acteur de l’optique dont le centre de gravité se déplace vers les data centers et l’IA. Les caméras d’action, elles, deviennent une activité parmi d’autres.
Les termes financiers
Dans le détail, Starman verse 285 millions de dollars aux actionnaires de GoPro, soit 1,14 dollar par action. Cette somme représente à peine 3 % de la valorisation au pic de 2014. Lesdits actionnaires ne disparaissent pas totalement du paysage : ils conservent environ 10 % de la nouvelle entité issue de la fusion. L’opération permet surtout à GoPro d’effacer sa dette, qui s’élevait à près de 92 millions de dollars. De quoi repartir sur des bases financières assainies. Enfin, aspect surprenant, la marque reste cotée en bourse (au Nasdaq américain) : il ne s’agit donc pas d’un rachat pur et simple qui ferait disparaître GoPro des radars.
La transaction a été approuvée par les conseils d’administration de GoPro et de Starman. La clôture est attendue d’ici la fin 2026, sous réserve des approbations réglementaires, de l’approbation des actionnaires de GoPro et d’autres conditions habituelles.
Reste que ce sauvetage a des allures de transformation totale : GoPro survit, mais l’entreprise qui envoyait ses caméras sur les casques de ski, de VTT ou au fond des océans s’efface peu à peu derrière un fabricant de composants pour data centers. La marque est maintenue en vie (au moins pour l’instant), mais on peut légitimement se demander ce qu’il restera de l’esprit GoPro une fois le virage vers l’IA et la défense pleinement engagé.



