© Robin Tutenges / Hors Format

Visa pour l’Image 2026 : les temps forts de la 38e édition à Perpignan

Mise à jour 01/09/2026 : Jean-François Leroy, fondateur de Fondateur et directeur historique de Visa pour l’Image, est décédé le 31 août 2026 à l’âge de 69 ans. Plus d’informations dans cet article.

Du 29 août au 13 septembre 2026, Visa pour l’Image revient à Perpignan pour sa 38e édition. Vingt-sept expositions gratuites, six soirées de projection au Campo Santo et plus de 160 000 euros de prix : le plus grand rendez-vous mondial du photojournalisme se déroule cette année en pleine célébration du bicentenaire de la photographie, et avec l’intelligence artificielle en toile de fond de presque tous les débats.

Mise à jour du 1er septembre 2026 : Jean-François Leroy, fondateur et directeur de Visa pour l’Image, est mort le 31 août à Paris, deux jours après l’ouverture de cette 38e édition. Le festival se poursuit jusqu’au 13 septembre comme prévu. Nous lui consacrons un article hommage.

Une édition qui se pense comme un rempart

Le festival ouvre sur un constat de son fondateur, Jean-François Leroy : 2026 a commencé avec une fausse image du président vénézuélien Nicolás Maduro menotté entre deux marines, reprise par des médias qui auraient dû la vérifier.

Dans son éditorial daté du 20 avril 2026, il défend l’idée que la révolution de l’IA constitue paradoxalement une chance pour le journalisme, puisque ces modèles ont besoin de données fiables et vérifiées, et que personne n’est mieux placé que les rédactions pour les produire. Il s’interroge en revanche sur les accords signés à la hâte entre géants technologiques et grands titres de presse, se demandant s’ils n’ont pas conclu, selon ses mots, « un pacte avec le diable, avide de leurs données ».

Le président de l’association, Pierre Conte, insiste de son côté sur le double anniversaire de l’année : les 200 ans de l’invention de la photographie et les 200 ans du Figaro, plus vieux quotidien français. C’est ce qui explique la présence d’une exposition anniversaire du journal, installée pour la première fois dans la Loge de Mer. Il résume l’esprit de l’édition en une formule : « Visa pour l’Image est une fête, une fête en toute conscience. »

Jean-François Leroy publie par ailleurs Le devoir de regarder, un livre d’entretiens avec la journaliste Isabelle Fougère sur quarante ans passés à trier des images de guerre et de vie ordinaire (MkF éditions, 20 €). Il sera vendu en exclusivité à la librairie Cajélice du Couvent des Minimes dès le 29 août, avant sa sortie en librairie mi-septembre. Il s’agit désormais d’une parution posthume.

Guerres et conflits : le cœur battant du festival

Comme chaque année, les terrains de guerre occupent la plus grande partie de la programmation.

Khames Alrefi, lauréat 2026 du Visa d’or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge, expose Civils : les premières victimes, un travail réalisé dans la bande de Gaza sur la faim, les bombardements et les déplacements.

À Gaza, un garçon observe au loin la fumée épaisse qui s’élève d’un immeuble touché par un missile. 27 septembre 2025. © Khames Alrefi, Lauréat 2026 du Visa d’or humanitaire du Comité International de la Croix-Rouge (CICR)

Philémon Barbier, lauréat 2026 du Visa d’or de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik, montre Syrie : l’aube des cendres. Le photographe de Hors Format, qui travaille pour Le Monde et Le Figaro, a documenté la première année de transition après la chute de Bachar Al-Assad, entre unification impossible des groupes armés et blessures mémorielles.

Des combattants de l’armée syrienne revenant du quartier d’Achrafieh paradent sur un véhicule blindé dans les rues d’Alep. Syrie, 9 janvier 2026. © Philémon Barbier / Hors Format pour Le Figaro, Lauréat 2026 du Visa d’or de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik

Le conflit ukrainien est abordé sous deux angles complémentaires. Tyler Hicks (The New York Times) présente Kostiantynivka, une ville dans la zone de mort, où les derniers habitants risquent leur vie chaque fois qu’ils sortent chercher du bois ou de la nourriture. Marion Péhée, lauréate 2025 de la Bourse Canon de la Femme Photojournaliste, retrouve dans Donbass, une génération marquée par la guerre un groupe d’adolescents photographiés à Chtchastia en 2016, devenus depuis soldats ukrainiens ou russes, disparus ou exilés.

Le lever du soleil laisse apparaître une autoroute ravagée par la guerre, bordée de filets destinés à intercepter les drones « à vue subjective » avant qu’ils n’atteignent les véhicules visés. Mais de nombreux drones parviennent à traverser ces filets et à détruire leur cible. Kostiantynivka, Ukraine, 8 janvier 2026. © Tyler Hicks / The New York Times
Natalia devant la tombe de son fils Serhiy, mort près de Bakhmout en septembre 2022. Déployé dans l’est du pays depuis plusieurs années, Serhiy a été tué lors d’une frappe d’artillerie avec sept de ses camarades. Bila Tserkva, oblast de Kiev, Ukraine, février 2026. © Marion Péhée, Lauréate de la Bourse Canon de la Femme Photojournaliste 2025

Le Proche-Orient est présent avec trois regards : Diego Ibarra Sánchez et La dernière guerre, Liban 2015-2026 (commissariat de Sarah Leen), Mohammad Yassine pour L’Orient-Le Jour avec Liban : la guerre de trop, et des photos anonymes réunies par Hashem Shakeri avec Iran, le cycle de la guerre est présenté par Le Monde. Yoray Liberman complète le tableau avec War Diary, réalisé en Israël pour Polka Magazine.

Des partisans du Hezbollah se rassemblent sur le lieu de la frappe aérienne israélienne qui a coûté la vie à l’ancien dirigeant Sayyed Hassan Nasrallah à l’occasion du premier anniversaire de sa mort. Dahiyeh, Beyrouth, Liban, 27 septembre 2025. © Diego Ibarra Sánchez pour The New York Times
Un immeuble touché par un bombardement israélien dans le quartier de Jnah. Beyrouth, Liban, 31 mars 2026. © Mohammad Yassine / L’Orient-Le Jour
Une petite manifestation contre la guerre sur la place Habima. Tel Aviv, 7 mars 2026. © Yoray Liberman pour Polka Magazine
Au cimetière de Behesht-e Zahra, des civils se recueillent sur les tombes de leurs proches tués lors de récentes attaques israéliennes et américaines. À l’arrière-plan, la fumée des frappes en cours. Banlieue de Téhéran, 13 mars 2026. © Photographe anonyme

Abdulmonam Eassa, également mentor de Transmission pour l’Image, expose pour Le Monde Guerre au Soudan : une nation prise au piège, série réalisée entre 2020 et 2025. Plus loin des radars encore, Robin Tutenges (Hors Format) rapporte de la région Amhara Fano’s Kingdom, sur une insurrection éthiopienne quasi invisible depuis 2023, et Jean-Luc Moreau Deleris raconte pour Le Figaro Magazine l’attaque thaïlandaise sur le Cambodge et ses vestiges angkoriens endommagés.

Malgré la signature d’accords de paix, la sécurité n’est toujours pas revenue dans la région soudanaise du Darfour. Dans le camp de Chedad, près de 700 familles ont tendu des tissus pour s’abriter. Le 13 février 2021, dix jours après leur arrivée, ils n’avaient toujours reçu aucune aide.
© Abdulmonam Eassa pour Le Monde
Des guerriers Fano se rassemblent sur les hauteurs du massif du Lasta, l’un des foyers de l’insurrection qui secoue la région Amhara, en Éthiopie. En contrebas, les forces fédérales sont retranchées dans la ville historique de Lalibela, autrefois visitée par des milliers de touristes. 12 mai 2025. © Robin Tutenges / Hors Format
Saccage du temple de Preah Vihear par l’artillerie thaïe. La Thaïlande revendique la propriété de ce vestige angkorien, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008, en dépit de deux arrêts de la Cour internationale de justice (1962 et 2013) confirmant son appartenance intangible au Cambodge. © Jean-Luc Moreau Deleris pour Le Figaro Magazine

Sociétés sous tension

Plusieurs sujets sortent du champ strictement militaire pour documenter des crises sociales.

David Guttenfelder (The New York Times) expose The People of Minneapolis vs. ICE, sur les affrontements qui ont suivi la mort de deux manifestants et d’un immigré lors de l’opération fédérale menée dans le Minnesota, avec plus de 4 000 interpellations.

Des milliers de manifestants défilent dans le centre-ville de Minneapolis en brandissant la Déclaration des droits (Bill of Rights) contenant les dix premiers amendements de la Constitution américaine. 30 janvier 2026. © David Guttenfelder / The New York Times

Deux expositions traitent des drogues. Mads Nissen (Politiken / Panos Pictures) suit dans Sangre Blanca la géographie mondiale de la cocaïne, des campagnes colombiennes aux consommateurs européens. Gaël Turine documente avec Brisés par le kush les ravages d’une drogue de synthèse bon marché en Sierra Leone et au Liberia.

Des membres du cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG) photographiés dans les montagnes du Michoacán. Ce cartel est considéré comme l’une des organisations criminelles les plus puissantes et les plus violentes du Mexique et même du monde. © Mads Nissen / Politiken / Panos Pictures
Un homme qui a acheté plusieurs pipes les loue à d’autres toxicomanes. Ce système lui permet de récupérer les frais liés à sa consommation de kush. Il n’en fume jamais lorsqu’il loue ses pipes, car il serait trop défoncé pour s’occuper de son matériel. Freetown, Sierra Leone, 14 janvier 2026. © Gaël Turine

Sur les migrations, Hervé Lequeux (Hans Lucas) retrace dans Boza free le parcours de mineurs guinéens de Conakry à Paris, tandis qu’Élise Blanchard, nommée au Visa d’or Magazine, documente dans la province afghane de Badghis la vente de fillettes en mariage comme monnaie d’échange face aux sécheresses. C’est l’une de ses images qui a été retenue pour l’affiche officielle de cette 38e édition.

Des centaines de jeunes travaillent jusqu’à dix heures par jour sous 40 degrés pour extraire la terre aurifère, gagnant quelques euros par semaine afin de financer un départ vers l’Europe. Mine artisanale de Fatoya, Guinée, 7 mai 2025. © Hervé Lequeux / CNAP / Le Figaro Magazine
Samia (14 ans) et son mari Fateh Mohammad (16 ans) sont accueillis dans la maison de ce dernier. Elle y vivra désormais tandis que Fateh Mohammad tentera de trouver du travail en Iran. Afghanistan, mars 2026. © Elise Blanchard

Enfin, un sujet français comme Perpignan en programme rarement : Jérémy Lempin explore l’illettrisme dans l’Hexagone et en Guyane avec L’école de la vie : liberté, égalité, invisibilité, des difficultés scolaires de l’enfance aux parcours d’adultes empêchés dans leur accès à la lecture et à l’autonomie.

À la Cité internationale de la langue française de Villers-Cotterêts, Angélique (38 ans) tente de lire : « La langue de la République est le français. » Une phrase qui rappelle combien la maîtrise de la langue conditionne l’accès aux droits les plus élémentaires. © Jérémy Lempin

Grands formats et regards au long cours

Raymond Depardon (Magnum Photos) est exposé pour la première fois à Visa pour l’Image, avec Reporter / Photographe, une sélection inédite construite autour de ses reportages d’actualité, soutenue par Le Figaro Magazine. Une exposition qui devrait figurer parmi les plus fréquentées de l’édition.

Porte de Brandebourg, le matin du 11 novembre 1989. Berlin-Ouest, Allemagne. © Raymond Depardon / Magnum Photos

Gerd Ludwig, dont l’image de Tchernobyl illustre la couverture du pré-programme, présente Pas de fin en vue : Tchernobyl 40 ans plus tard, un travail commencé en 1993 et poursuivi jusqu’en 2026, entre tourisme de catastrophe, retours illégaux d’habitants et occupation russe du site.

Des ouvriers équipés de masques respiratoires et de combinaisons en plastique font une pause avant de percer des trous destinés à accueillir les tiges de soutien à l’intérieur du sarcophage. Les niveaux de radiation sont si élevés qu’ils doivent surveiller en permanence leurs dosimètres et ne sont autorisés à rester à l’intérieur que 15 minutes par jour. Centrale nucléaire de Tchernobyl, Ukraine, 2005. © Gerd Ludwig

Michael Yamashita revient sur quarante ans de photographie en Chine pour National Geographic, Étienne Montès sur quinze années de reportage entre 1973 et 1987 avant son retour aux vignes du Roussillon (commissariat de Thierry Secretan), et Paolo Roversi livre avec L’odeur de l’Inde une proposition plus plasticienne, à base de longs temps de pose et de flous vibrants.

Les élèves de la prestigieuse école privée Guangdong Country Garden regagnent leurs salles de classe après la gymnastique matinale sur le toit de l’école. Province du Guangdong, Chine, 1995. © Michael Yamashita
Lors d’une fusillade dans les rues de San Salvador, un marchand de glace est utilisé comme bouclier humain par un policier. Salvador, 12 février 1980. © Étienne Montès
Jeune garçon endormi. Calcutta, Inde, 1990. © Paolo Roversi

Laurent Ballesta, premier lauréat du tout nouveau Prix Écologie 360 – Reporters d’Espoirs, expose Loin du ciel, dix ans de plongées en Antarctique, aux Philippines et au cap Corse. Jérôme Gence, également nommé au Visa d’or Magazine, s’intéresse pour Le Figaro Magazine aux mariages virtuels au Japon, entre culture otaku et nouvelles formes d’attachement.

Requins gris de récif (Carcharhinus amblyrhynchos). Atoll de Fakarava, Polynésie française, -34 m © Laurent Ballesta
Lucie, une Française de 24 ans, lors de son mariage symbolique au Japon avec Mami, personnage de la série Rent-A-Girlfriend. Installée à Tokyo depuis un an, elle entretient une relation virtuelle avec ce personnage. La cérémonie, sans valeur légale, a été entièrement prise en charge par la société Sun Euro, spécialisée dans les mariages 2D. © Jérôme Gence pour Le Figaro Magazine

Expositions invitées et presse quotidienne

Trois propositions élargissent le programme. Le Figaro : la culture de la liberté depuis 1826 prend place à la Loge de Mer, ouverte pour la première fois au festival.

La Bourse de la nouvelle photographie urbaine, soutenue par Google avec Dysturb, réunit à la Chambre de commerce ses six lauréats depuis 2020 : Aïda Dahmani, Cebos Nalcakan, Philémon Barbier, Valentin Goppel, Lilas Lehanneur et William Camargo.

L’exposition de la Presse quotidienne internationale rassemble quant à elle vingt-quatre titres en compétition pour le Visa d’or de la Presse Quotidienne, du New York Times à L’Équipe en passant par Mediapart et Helsingin Sanomat.

Prix, bourses et soirées

Le festival annonce plus de 160 000 euros de dotations. Parmi les lauréats déjà connus : Khames Alrefi (Visa d’or humanitaire CICR), Philémon Barbier (Visa d’or Rémi Ochlik), Laurent Ballesta (Prix Écologie 360), Robin Tutenges (Prix Camille Lepage soutenu par la SAIF), Meeri Koutaniemi (Bourse Canon de la Femme Photojournaliste, pour un projet sur les mutilations génitales féminines au Kenya), Axel Javier Sulzbacher (Bourse Canon du documentaire vidéo court-métrage) et l’équipe du New York Times composée de Daniel Berehulak, Michael D. Shear, Leanne Abraham et Fatima AbdulKarim pour le Visa d’or de l’Information numérique franceinfo.

Les Visa d’or News et Magazine seront décernés pendant la semaine professionnelle, du 31 août au 5 septembre. Les soirées de projection, gratuites, se tiennent chaque soir à 21h30 au Campo Santo, avec au programme l’Ukraine, Gaza, l’Iran, le Liban, les flux migratoires, les JO d’hiver de Milano Cortina, les 40 ans de Panos Pictures et des hommages, notamment à Antoni Lallican et Martin Parr.

Côté rencontres, une convention du photojournalisme se tient le 31 août au Palais des Congrès, avec la SAIF et plusieurs universités, autour de la reconnaissance et de la viabilité économique du métier. Une table ronde animée par Vincent Jolly, le 4 septembre, sera consacrée aux dangers que représentent les drones autonomes pour les journalistes de terrain.

La question des 22 %

Le pré-programme contient un texte signé Jean-François Leroy qui mérite d’être lu. Il y indique que les femmes représentent 22 % de la programmation 2026, expositions et projections confondues, et attribue ce chiffre à la baisse des candidatures féminines reçues, elle-même liée selon lui à la réduction générale des budgets photo dans les rédactions.

Il rappelle n’avoir jamais eu qu’une seule règle en bientôt quarante ans : « exposer et projeter ce que nous pensons être le meilleur du photojournalisme », et affirme entendre des photojournalistes femmes dire qu’elles ne veulent pas être sélectionnées par discrimination positive. Le festival rappelle en parallèle l’existence de la Bourse Canon de la Femme Photojournaliste et du Prix Françoise Demulder, doté par le ministère de la Culture.

Après Perpignan

Pour celles et ceux qui ne descendent pas dans les Pyrénées-Orientales, le Théâtre Nanterre-Amandiers accueille deux soirées de projections sur écran géant les 16 et 17 octobre 2026. Initialement annoncées comme présentées par Jean-François Leroy, aux côtés de Pauline Cazaubon ; le festival n’a pas encore communiqué sur la nouvelle formule de ces soirées

Des expositions virtuelles sont par ailleurs proposées sur le site du festival pendant tout le mois de septembre. Enfin, les expositions rouvrent spécialement pour les groupes scolaires du 14 au 18 septembre et du 21 au 25 septembre, un dispositif qui accueille chaque année plus de 23 000 élèves.

Informations pratiques :
38e Visa pour l’Image, festival international du photojournalisme
Perpignan
Du 29 août au 13 septembre 2026
Tous les jours de 10h à 20h
Entrée libre
Programme complet sur le site Visa pour l’Image