Chaque mois, Phototrend vous propose de découvrir les livres photo qui nous ont marqués. En ce mois d’août 2026, voici 5 nouveaux ouvrages que nous avons sélectionnés pour vous.
Ce mois-ci, cinq ouvrages qui puisent tous dans les archives : le fonds EDF relu par Arthur Mettetal, l’Afrique des années 1960 de Peter Beard, l’œuvre de Man Ray en Photo Poche, la génération Z de Magnum mise en regard de sa jeunesse de 1951, et les planches contact ressorties par Claude Nori. Bonne lecture.
Sommaire
Vigilance, le travail sous tension

En 1947, un an après sa création, EDF se dote d’un service prévention et sécurité. Six ans plus tard naît Vigilance, un magazine interne où la photographie sert d’outil pédagogique auprès des agents. C’est ce corpus, largement inédit, que l’historien Arthur Mettetal exhume dans cet ouvrage publié par les éditions Textuel, en accompagnement de son exposition présentée à Ground Control dans le cadre des Rencontres d’Arles 2026 jusqu’au 4 octobre.
Deux régimes d’images cohabitent ici. D’un côté, la monumentalité industrielle : barrages, lignes haute tension, centrales, photographiées avec l’ambition esthétique que l’on réservait alors aux grands chantiers de la reconstruction. De l’autre, un répertoire didactique de gestes, à reproduire ou à proscrire, où des agents rejouent devant l’objectif les situations d’accident. Le contraste entre les deux fait tout l’intérêt du livre : la même entreprise produit simultanément une propagande de sa propre puissance et un inventaire méthodique de ses dangers.
Le travail éditorial suit cette dualité. L’ouvrage alterne les papiers, un couché brillant pour les photos industrielles, un papier offset pour la partie documentaire. Docteur de l’EHESS et spécialiste des archives d’entreprise, Arthur Mettetal avait déjà signé Wagon-bar à Arles en 2024 ; il poursuit ici le même travail de réactivation d’un patrimoine visuel que personne n’avait pensé à regarder comme de la photographie.
Vigilance, le travail sous tension, Arthur Mettetal
Éditeur : Textuel
39 €, 232 pages, broché, 21 x 30,5 cm
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Man Ray

La collection Photo Poche réédite son volume consacré à Man Ray (1890-1976), le numéro 33 de la série créée par Robert Delpire. Peintre, cinéaste et photographe américain installé à Paris à partir de 1921, Man Ray occupe une place singulière dans l’histoire du médium : il n’a jamais considéré la photographie comme sa pratique principale, et c’est pourtant par elle qu’il a le plus profondément transformé le regard de son époque.
Les 144 pages parcourent l’ensemble de ses registres : les portraits d’artistes du Paris des années 1920 et 1930, la photographie de mode qui l’a fait vivre, et surtout les expérimentations qui l’ont rendu indispensable, solarisation, épreuve négative, et bien sûr le rayogramme, cette image obtenue sans appareil en posant des objets directement sur le papier sensible.
La collection Photo Poche est probablement la meilleure porte d’entrée qui existe dans une œuvre photographique, et Man Ray est de ceux qui gagnent à être vus en série plutôt qu’à travers les trois ou quatre images devenues des icônes.
Man Ray, Photo Poche
Éditeur : Actes Sud
14,50 €, 144 pages, broché, 12,5 x 19 cm
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The End of the Game

Publié pour la première fois en 1965 puis enrichi à plusieurs reprises, The End of the Game revient chez Taschen dans une édition supervisée par Zara Beard, fille du photographe et directrice de sa succession. Peter Beard (1938-2020) y documente la mort par famine de dizaines de milliers d’éléphants, de rhinocéros et d’hippopotames dans les basses terres du Tsavo, au Kenya, et dans les parcs ougandais, au cours des années 1960 et 1970.
Le livre tient sa force de sa méthode. Beard ne se contente pas de photographier : il superpose à ses images ses journaux, ses annotations manuscrites, ses collages, et les met en regard de photographies d’archives et de citations d’explorateurs, de missionnaires et de chasseurs de trophées dont il retrace la responsabilité. Les vues aériennes de carcasses par centaines, prises au-dessus du Tsavo, restent parmi les images les plus dérangeantes jamais produites sur l’effondrement d’un écosystème.
Cette édition ajoute un entretien avec le spécialiste de la conservation Esmond Bradley Martin ainsi que des textes de Paul Theroux, Richard M. Laws et Norman Borlaug. Soixante ans après sa première parution, l’ouvrage a changé de statut : ce qui se lisait comme un avertissement se lit désormais comme un constat. À noter que le musée de la Chasse et de la Nature consacre en parallèle une exposition à Peter Beard, à Paris, jusqu’au 15 octobre 2026.
The End of the Game, Peter Beard
Éditeur : Taschen
80 €, 304 pages, relié sous étui, 27 x 30 cm
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Magnum Chronicles: Gen Z

En 1951, Robert Capa lançait Generation X, le premier grand projet collectif de Magnum : envoyer les photographes de la coopérative dans quatorze pays pour dresser le portrait de la génération d’après-guerre, questionnaire en main. Soixante-quinze ans plus tard, la deuxième édition de Magnum Chronicles reprend l’exercice avec la génération Z, celle des 14-29 ans nés entre 1997 et 2012.
Dix photographes ont travaillé en collaboration directe avec des jeunes dans une dizaine de pays : Myriam Boulos au Liban, Chien-Chi Chang à Taïwan, Newsha Tavakolian en Iran, Cristina de Middel au Brésil, Emin Özmen auprès de réfugiés vénézuéliens en Colombie, Zied Ben Romdhane en Tunisie, Antoine d’Agata en Géorgie et aux États-Unis, Sakir Khader en Palestine et en Syrie, Salih Basheer auprès de réfugiés soudanais et Alec Soth aux États-Unis. Chaque participant s’est vu confier le même exercice : écrire une lettre à son moi futur.
Le volume met ces photos en dialogue avec des images inédites tirées des archives de Generation X, ce qui donne au projet son intérêt principal, la possibilité de comparer deux jeunesses, celle du passé et du présent. Magnum Chronicles est une publication annuelle financée par ses lecteurs, un modèle que la coopérative assume ouvertement face à l’assèchement des financements du documentaire au long cours.
Magnum Chronicles : GenZ
Éditeur : Magnum Photos (distribution France : Les presses du réel)
28 €, 128 pages, relié, 22 x 28,5 cm
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La Dolce Vista

Le titre est un jeu de mots : en italien, la dolce vista, c’est le regard doux. Claude Nori l’oppose volontairement à la dolce vita à laquelle on associe presque toujours son travail, et dont il dit qu’elle décrit mal ce qu’il cherche depuis cinquante ans. Fondateur des éditions Contrejour en 1975, le photographe toulousain revient ici sur ses planches contact pour en tirer un ensemble en noir et blanc qui court de 1973 à 2015, de Rimini à Toulouse et de Naples à Biarritz, avec un noyau italien très dense au début des années 1980.
Les images alternent avec des textes courts, tirés de carnets que Claude Nori tenait jeune homme et qu’il présente comme des instantanés de sentiments plutôt que comme des légendes. On y croise ses proches et ses complices : Isabelle Nori, qui signe la conception graphique et apparaît sur la couverture, photographiée au Cap Skirring en 1995 ; Bernard Plossu et Françoise Nuñez au Mas-des-Cours en 1982 ; Claude Nougaro sur le Pont Neuf de Toulouse en 1992.
Le passage le plus utile aux photographes tient en deux pages, à Rimini en 1983. Claude Nori s’approche d’un couple d’adolescents assis face à face sur une Vespa, fait deux images, et le garçon finit par lui demander pourquoi il les photographie. La jeune fille lui reproche de ne pas avoir demandé leur accord ; il répond que la demande aurait cassé la spontanéité du moment. La scène se termine avec le garçon qui lui prend l’appareil pour le photographier à son tour aux côtés de sa copine. Toute la question du consentement en photographie de rue est là, quarante ans avant qu’elle ne s’installe sur les réseaux sociaux, avec cette réponse de Nori aux deux adolescents : « Le monde nouveau appartient à ceux qui s’embrassent. »
La Dolce Vista, Claude Nori
Éditeur : Contrejour
45 €, 176 pages, broché, 22 x 31 cm
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