Nouveau revers pour Nikon sur le terrain des brevets. La Cour de la propriété intellectuelle de Tokyo a invalidé le brevet historique de RED sur le RAW compressé, pilier du format Redcode depuis près de vingt ans. Une victoire pour Panasonic, à l’origine de la procédure… et une défaite pour Nikon, propriétaire de RED depuis 2024, qui défendait ici le brevet qu’elle avait elle-même attaqué en justice en 2022.

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Le brevet de Redcode : la compression vidéo RAW sans perte
Déposé par RED en 2008 (avec un premier dépôt aux États-Unis en 2007), le brevet japonais n° 5231529, sobrement intitulé « Video camera », portant sur « une caméra vidéo proposant une compression vidéo élevée sans perte de qualité visuelle ». Soit une définition très large, qui visait à protéger le cœur du format de compression vidéo Redcode.
Dans le détail, il décrit une méthode pour transformer les données issues des pixels rouges et bleus d’un capteur Bayer à partir des valeurs de vert, avant compression, pour rester visuellement sans perte au dématriçage.

Ainsi, à partir de 2007, cette technologie (et ce brevet) ont permis à la RED One de bénéficier du RAW compressé, tandis que les caméras concurrentes devaient se contenter du RAW non compressé, très gourmand en stockage.
Un brevet qui a façonné tout un secteur
Peu de brevets ont eu un tel impact sur la vidéo numérique. Pendant près de deux décennies, la famille de brevets « Video camera » de RED a déterminé qui pouvait proposer du RAW compressé en interne, et à quel prix.
Dans les faits, bon nombre d’observateurs estimaient que le brevet déposé par RED était beaucoup trop vague – et qu’il n’aurait jamais dû être octroyé à la marque américaine, puisqu’il empêchait tout autre constructeur de proposer une caméra disposant d’un format vidéo RAW compressé, quel que soit le codec utilisé !

Par ailleurs, RED s’était également illustré en intentant plusieurs actions en justice et autres pressions, notamment contre Sony (2013) et DJI (2021). On se rappelle ainsi que le mode d’enregistrement RAW du DJI Ronin 4D, prévu à son lancement, aurait été retiré à la dernière minute, non pour des raisons techniques, mais pour des raisons juridiques.
Du dépôt de plainte de RED au rachat par Nikon
L’épisode le plus marquant de cette saga reste indubitablement celui de 2022. Suite à la mise à jour 2.0 du Nikon Z 9, RED avait ainsi porté plainte en mai contre Nikon pour la violation de 7 de ses brevets, l’accusant d’avoir utilisé sans autorisation ses technologies de compression vidéo.

Quatre mois plus tard, en septembre, Nikon avait contre-attaqué, arguant que les faits dénoncés par RED étaient « invalides », puisqu’ils ne remplissaient pas les conditions pouvant mener à un dépôt de brevet.
Puis, en avril 2023, Nikon et RED annoncent l’abandon de leurs actions en justice. À l’époque, le contexte entourant cette décision conjointe est inconnu : il est révélé onze mois plus tard, en mars 2024, lorsque Nikon rachète 100 % de la société RED, mettant la main sur sa technologie de compression vidéo RAW et sa science des couleurs.
On aurait donc pu s’attendre à la fin de cette aventure… jusqu’à l’entrée dans la danse d’un certain Panasonic.
Nikon défend le brevet dont il contestait la validité !
En 2022, Panasonic lance une procédure administrative d’invalidation, visant à faire annuler le brevet japonais n° 5231529 de RED. En octobre 2024, l’Office japonais des brevets a invalidé plusieurs des revendications, ouvrant une large brèche dans la défense de l’entreprise américaine. Mais entretemps, RED est passé sous contrôle de Nikon, qui est donc entré dans la procédure en tant que successeur de RED.

Au final, Panasonic a obtenu, le 30 juin 2026, la confirmation par la Cour de la propriété intellectuelle de Tokyo de l’invalidation du brevet de RED sur le RAW compressé, pour défaut d’activité inventive : RED n’aurait pas suffisamment distingué son procédé (traitement des données RAW avant dématriçage, pré-traitement spécifique) d’une technologie antérieure, à l’origine conçue pour économiser de la mémoire.
Ironie de l’histoire : la marque jaune et noir s’est donc retrouvée à devoir défendre un brevet… dont elle contestait la validité deux ans auparavant !
Une décision à la portée limitée… mais qui tombe mal pour Nikon
Sur le plan juridique, l’effet de cette invalidation est rétroactif : en droit japonais, un brevet annulé est réputé n’avoir jamais existé. Mais la portée de la décision reste restreinte : elle ne s’applique qu’à ce brevet japonais précis, et n’invalide pas automatiquement les brevets équivalents de RED/Nikon aux États-Unis ou ailleurs. Elle n’établit pas non plus que l’enregistrement RAW compressé interne serait désormais universellement libre de toute contrainte.
Pour Nikon, c’est surtout le deuxième revers du genre en quelques semaines : le constructeur avait déjà vu un brevet de sa monture Z invalidé en Chine pour « manque d’inventivité », face à Viltrox.
Le timing est d’autant plus sensible que Nikon mise gros sur le cinéma, avec le Nikon ZR capable d’enregistrer en Redcode RAW NE en interne, et une (future) gamme Z Cinéma bâtie sur la technologie RED, prévue dans ses plans à moyen terme.
Perdre un brevet central sur son propre marché domestique, face à son rival (japonais) Panasonic, tombe donc bien mal pour Nikon.



