Photographier la Voie lactée ou une étoile filante ne demande ni télescope ni matériel d’astronome. Un boîtier avec des réglages manuels, un objectif grand angle lumineux, un trépied et une nuit sans Lune loin des villes suffisent. Tout le reste est une question de méthode : savoir quand sortir, où se placer, et quels réglages appliquer.
Voici le guide complet, réglage par réglage. Il reprend en partie les éléments de notre premier Mercredi Pratique de 2010 consacré à ce sujet, mais en bien plus complet. Si vous cherchez les dates et le repérage d’une pluie de météores en particulier, nos conseils pour photographier les Perséides complètent cet article.
Sommaire
- Quand photographier la Voie lactée ?
- Trouver le bon endroit pour observer et photographier les étoiles
- Repérer son cadrage à l’avance
- Un ciel dégagé est primordial
- Le matériel recommandé pour photographier les étoiles
- Les réglages pour photographier les étoiles
- Et au smartphone ?
- Pour aller plus loin
- Conclusion
Quand photographier la Voie lactée ?
Dans l’hémisphère nord, le cœur de la Voie lactée, la zone la plus dense et la plus photogénique en direction du Sagittaire, est visible de mars à octobre. En été, il se situe plein sud en début de nuit, ce qui en fait la meilleure saison. En hiver, la Voie lactée reste visible, mais sous un angle bien moins spectaculaire.
Pensez également à regarder l’état de la Lune. Lorsqu’elle est très visible, elle est aussi très lumineuse et pollue le ciel de sa lumière. La règle est simple : on photographie autour de la nouvelle lune, dans une fenêtre de quelques nuits avant et après, ou bien aux heures où la Lune est sous l’horizon. Un calendrier lunaire vous permet de prévoir les évolutions de la Lune pour vos prochaines sorties.
Enfin, un ciel dégagé est primordial. Plus que d’avoir un temps sec, il est important de ne pas avoir de nuages. Les images satellites de suivi des nuages, disponibles sur la plupart des sites météo, donnent une bonne vision de la couverture nuageuse en France pour la nuit à venir.
Trouver le bon endroit pour observer et photographier les étoiles
Pour observer les étoiles, vous devez vous éloigner de toutes les sources de pollution lumineuses existantes, et c’est de plus en plus difficile. Pour faire simple, écartez-vous des villes et trouvez une zone où la lumière est suffisamment faible pour ne pas déranger l’observation.

Sur une carte de pollution lumineuse, les zones blanches, rouges et oranges sont à éviter. C’est à partir du jaune que l’on commence à avoir une pollution faible, offrant une visibilité maximale des étoiles.
À noter que si vous souhaitez photographier le ciel et des éléments terrestres comme une montagne, une maison ou une ruine, il vous faudra redoubler de vigilance quant à la qualité du ciel, au risque d’avoir une partie brumeuse et lumineuse sur votre image.

Il existe aussi des services en ligne et des applications mobiles pour trouver des zones appropriées, comme lightpollutionmap.info ou Light Pollution Map. Trente minutes de voiture suffisent souvent à changer complètement le résultat.
Repérer son cadrage à l’avance
C’est l’étape que la plupart des débutants sautent, et c’est souvent elle qui fait la différence entre un ciel étoilé et une photographie.
Des applications comme PhotoPills ou Stellarium affichent la position du cœur galactique pour n’importe quel lieu et n’importe quelle heure, y compris plusieurs mois à l’avance. La méthode : repérez votre cadrage de jour, notez l’heure à laquelle la Voie lactée viendra se placer où vous le souhaitez, et revenez de nuit. Vous gagnerez une heure de tâtonnement dans le noir.
Ne cadrez d’ailleurs pas uniquement le ciel. Un premier plan fort, un arbre isolé, une crête, une silhouette, donne une échelle et ancre l’image. C’est ce qui distingue une photo de Voie lactée mémorable d’un fond d’écran générique.
Un ciel dégagé est primordial
Pour observer les étoiles, un ciel dégagé est primordial. Pensez donc à regarder la météo pour les nuits qui vous concernent. Plus que d’avoir un temps sec, il est important de ne pas avoir de nuages dans le ciel. Sur cette page du site Meteo Paris vous pouvez voir les dernières images satellites avec une bonne vision des nuages en France.

Pensez également à voir l’état de la Lune. Lorsque la Lune est très visible, elle est également très lumineuse et pollue le ciel de sa lumière. Heureusement, du 11 au 13 août 2023, la Lune est décroissante et sera visible à seulement 10% le 13 août. Voici un calendrier lunaire pour prévoir les évolutions de la Lune lors de vos prochaines sorties.
Le matériel recommandé pour photographier les étoiles
Voici une liste (non exhaustive) du matériel que vous pouvez utiliser pour photographier les étoiles :
- un boîtier photo avec de bonnes performances dans les hauts ISO. C’est essentiel car vous allez photographier avec une valeur ISO élevée pour capter le maximum de lumière
- une seconde batterie, la pose longue ça consomme, et le froid nocturne accélère la décharge
- un objectif grand angle et lumineux (de f/1,8 à f/4). Le grand angle est important afin d’avoir une grande zone de ciel. Privilégiez par exemple un 11-16 mm en APS-C et un 16 à 24 mm en plein format. Plus vous utilisez une longue focale, plus vos photos d’étoiles seront « zoomées », et plus il sera difficile d’intégrer l’environnement à l’image
- un trépied stable avec la possibilité d’orienter votre appareil vers le ciel. Sans lui, difficile d’avoir des images nettes
- une télécommande ou un intervallomètre. En complément du trépied, la télécommande évite de transférer des vibrations à l’appareil lors du déclenchement. L’intervallomètre, lui, permet d’enchaîner les poses sans intervenir, ce qui est indispensable pour capter des étoiles filantes
- une lampe frontale à LED rouge. La lumière rouge préserve votre vision nocturne, qui met une vingtaine de minutes à s’installer et se perd en une seconde de lampe blanche
- un petit pull, la nuit il fait froid, même en été
Les réglages pour photographier les étoiles
Attention, nous appliquons ici des réglages pour obtenir des étoiles nettes, et non des traînées d’étoiles (« star trails »), un effet très recherché mais qui relève d’une autre technique. En photographiant le ciel, il faut prendre en compte la rotation de la Terre. Imperceptible à l’œil nu, elle se fait vite ressentir en photo, avec des traînées en forme d’arc de cercle.
La vitesse et la règle de 500 / 500 Rule
Pour éviter d’avoir des étoiles avec un flou de mouvement, il existe une règle connue des astrophotographes : la règle des 500 (« 500 rule » chez nos amis anglophones). Elle fixe le temps de pose à ne pas dépasser.
La formule est la suivante :
500 ÷ focale utilisée (en mm) = temps de pose maximal (en secondes)
Prenons un exemple. À 16 mm, la formule donne 500 ÷ 16 = 31 secondes. Je peux donc poser jusqu’à 31 secondes sans voir bouger les étoiles.
Cette formule vaut pour les appareils plein format. Au format APS-C, il faut intégrer le coefficient multiplicateur : 1,5x chez Nikon, Sony, Pentax et Fujifilm, 1,6x chez Canon, 2x chez Olympus et Panasonic en micro 4/3. La formule devient :
500 ÷ (coefficient × focale) = temps de pose maximal
Ainsi, un reflex APS-C Canon avec un 11 mm donne 500 ÷ (1,6 × 11) = 28 secondes.
Voici le résultat du calcul pour les focales les plus courantes, en équivalent plein format :
| Focale (équivalent 24×36) | Pose maximale indicative |
|---|---|
| 14 mm | 35 s |
| 16 mm | 30 s |
| 20 mm | 25 s |
| 24 mm | 20 s |
| 35 mm | 14 s |
| 50 mm | 10 s |
La règle des 500 est-elle encore valable ?
Il faut le savoir : cette règle a été établie à l’époque des capteurs peu définis, et elle devient permissive sur les boîtiers actuels. Sur un capteur de 45 Mpx observé à 100 %, les étoiles apparaîtront déjà légèrement étirées au temps de pose annoncé.
Deux façons de corriger. La plus simple : retirez environ un tiers du temps obtenu. La plus rigoureuse : utilisez la règle NPF, qui intègre l’ouverture, la définition du capteur et la taille des photosites. Elle est trop lourde à calculer de tête, mais des applications comme PhotoPills la donnent instantanément.
Un dernier point, souvent oublié : ce n’est pas parce que vous pouvez poser 35 secondes au 14 mm que vous devez le faire. Si le ciel est déjà bien exposé à 20 secondes, restez à 20. Vous doublerez le nombre d’images sur la nuit, donc vos chances de capter un météore.
L’ouverture
Comme expliqué plus haut, il est recommandé d’utiliser un objectif avec une grande ouverture afin de capter beaucoup de lumière.

Si vous utilisez un objectif ouvrant à f/2,8 ou f/4, utilisez l’ouverture maximale. Si vous disposez d’un f/1,4 ou f/1,8, il peut être intéressant de fermer d’un tiers ou d’un demi-diaphragme : vous améliorerez le piqué et réduirez le coma dans les angles, pour une perte de lumière négligeable. Mais ne fermez pas trop, sinon vous perdez l’avantage d’un objectif lumineux.
Les ISO
Contrairement aux poses longues habituelles, où l’on utilise la valeur ISO minimum pour allonger le temps de pose, la photo d’étoiles impose de monter en sensibilité, sinon les étoiles ne seront pas assez lumineuses pour le capteur.
Selon votre boîtier, comptez au minimum 1600 ISO, et jusqu’à 3200 ou 6400 ISO si sa tolérance au bruit le permet. En dessous de 1600 ISO, vous risquez de ne rien voir sur l’écran arrière pendant la prise de vue, ce qui est gênant pour vérifier la mise au point.
Ce conseil a évolué depuis quelques années. À l’époque où nous avons publié cet article, la consigne était de ne pas trop monter pour limiter le bruit numérique. Les débruiteurs par intelligence artificielle, comme DxO PureRAW, Topaz Denoise ou le débruitage intégré à Lightroom, ont changé la donne : ils récupèrent aujourd’hui des fichiers qu’on aurait considérés comme perdus. Mieux vaut donc une image bruitée correctement exposée qu’une image propre et sous-exposée. Le bruit se corrige, l’information manquante non.
Quel mode de prise de vue (PASM) utiliser ?
Le mode manuel est le plus adapté, car il vous laisse fixer indépendamment les trois paramètres. Si vous le maîtrisez, c’est le choix évident.
À défaut, en mode priorité ouverture, prenez la plus grande ouverture afin de réduire le temps de pose. En mode priorité vitesse, choisissez une vitesse suffisamment lente, sans dépasser celle obtenue par la règle des 500.
La balance des blancs et le format de fichier
Le format RAW est impératif. Il vous donne une grande latitude de retouche et permet de régler la balance des blancs a posteriori, sans perte.
C’est précisément pour cette raison que la balance des blancs automatique convient : en RAW, elle n’est qu’une indication et se change au développement. Cela dit, si vous voulez un aperçu réaliste sur l’écran arrière plutôt qu’une dominante orangée, réglez-la manuellement autour de 3800 à 4200 K. Le ciel apparaîtra bleu nuit dès la prise de vue, ce qui aide à juger l’exposition sur le terrain.

Comment faire la mise au point sur les étoiles ?
C’est là que se jouent la plupart des échecs. En pleine nuit, l’autofocus ne servira à rien.
La méthode la plus fiable : basculez en mise au point manuelle, activez la loupe de visée sur l’écran, pointez l’étoile la plus brillante du ciel et tournez la bague jusqu’à ce qu’elle devienne le plus petit point possible. Le repère infini gravé sur l’objectif n’est qu’indicatif : sur beaucoup d’optiques modernes, la vraie netteté se trouve légèrement avant la butée, et régler mécaniquement sur l’infini ne suffit pas toujours.
Si vous n’y arrivez pas, faites la mise au point sur un élément suffisamment éloigné, environ 50 mètres et plus, avant la tombée de la nuit. Une fois réglée, scotchez la bague et n’y touchez plus de la soirée.
Les astuces à connaître
Sur trépied, pensez à désactiver la stabilisation optique et à masquer l’œilleton du viseur au déclenchement. Cela évitera toute lumière parasite venant de l’arrière. Si vous n’utilisez pas le mode Live View et que vous avez un reflex, levez le miroir avant le déclenchement pour limiter les vibrations.
Pour les étoiles filantes en particulier, laissez tourner l’intervallomètre en continu pendant une heure et faites le tri au retour : un météore ne se déclenche pas à la demande.
Retrouvez également nos autres conseils pour améliorer la netteté de vos photos de nuit.
Et au smartphone ?
Les téléphones récents dotés d’un mode nuit ou d’un mode astro, posés sur un mini-trépied, capturent aujourd’hui une Voie lactée parfaitement reconnaissable. Le traitement computationnel empile plusieurs poses et débruite automatiquement, avec des résultats qui auraient été impensables il y a cinq ans.
Deux limites à connaître. La première : capter une étoile filante reste très aléatoire, car l’empilement a tendance à lisser un événement aussi bref. La seconde : vous n’avez pas la main sur les paramètres. Si votre téléphone propose un mode pro avec pose et ISO manuels, ainsi que l’enregistrement en RAW, utilisez-le plutôt que le mode automatique.
Pour aller plus loin
Si vous voulez passer à l’empilement d’images, au suivi équatorial et au traitement dédié, notre guide d’initiation à l’astrophotographie prend le relais.
Et pour les rendez-vous du calendrier, nos conseils pour photographier les Perséides donnent les dates, les phases lunaires et la carte du ciel permettant de repérer le radiant.
Conclusion
Après avoir potassé ces conseils, vous êtes prêt pour aller photographier les étoiles avec votre appareil photo. N’hésitez pas à poster vos photos de la Voie lactée en commentaire de l’article pour les partager avec les lecteurs.
Bonne sortie photo nocturne !


