Nikon débouté par l’office chinois des brevets pour « manque d’inventivité »

Coup dur pour Nikon en Chine. L’office chinois des brevets vient d’invalider l’un de ses brevets liés à la monture Z, attaqué par Viltrox. En cause : un « manque d’inventivité » sur le design de la baïonnette. La marque jaune et noir dispose d’un délai de trois mois pour faire appel.

Objectif Viltrox AF 85 mm f/1,4 Pro en monture Nikon Z, vue du dessus

Une invalidation prononcée par l’office chinois des brevets

Souvenez-vous. En janvier dernier, nous faisons état d’une rumeur d’un procès intenté par Nikon à Viltrox devant le tribunal de la propriété intellectuelle de Shanghai, sur fond de brevets liés à la monture Z. Le dossier vient de prendre une nouvelle tournure. Et cette fois, c’est Viltrox qui marque un point.

Selon Nikon Rumors, qui s’appuie sur la décision complète (25 pages, en chinois), la CNIPA, l’office chinois de la propriété intellectuelle, a invalidé un brevet Nikon lié à la monture Z. La décision, rendue le 13 juillet et publiée le 17 juillet, fait suite à une demande d’invalidation déposée par Shenzhen Jueying Technology, la maison-mère de Viltrox, en décembre 2025.

Le motif retenu : un défaut d’inventivité (article 22-3 de la loi chinoise sur les brevets). En clair, l’office a estimé que l’invention ne présente pas de caractère suffisamment innovant pour justifier une protection.

De quel brevet parle-t-on ?

Point notable : le brevet invalidé (n° 202010127062.4, intitulé « Accessoires »), ne concerne pas la communication électronique ou l’autofocus, mais l’interface mécanique entre le boîtier et l’accessoire, sous-entendu un objectif.

Il couvre notamment l’agencement de 4 ergots de la baïonnette côté objectif et leurs logements côté boîtier, les angles entre ces ergots par rapport à l’axe optique, ou encore le positionnement des contacts électriques dans un secteur précis de la monture.

Viltrox AF 85 mm f/1,4 Pro, packshot sur fond neutre

Pour l’office chinois des brevets, ces aspects relèvent de l’optimisation d’ingénierie prévisible, pas d’une véritable innovation. Pour appuyer sa demande, Viltrox s’est notamment appuyé sur trois brevets antérieurs (américain, chinois et japonais) décrivant déjà, selon lui, des systèmes de monture à baïonnette comparables.

Quel lien avec le téléconvertisseur 2x de Viltrox ?

Cette invalidation éclaire d’un jour nouveau le litige que nous évoquions en janvier. À l’époque, le déclencheur supposé de l’affaire était le téléconvertisseur 2x de Viltrox, premier accessoire optique à intégrer une double monture Z (côté objectif et côté boîtier).

Or, le brevet invalidé par la CNIPA porte précisément sur cette interface mécanique. En intégrant une monture Z femelle, le téléconvertisseur reproduit la baïonnette brevetée par Nikon – ce que ne fait pas un « simple » adaptateur comme la bague Megadap ETZ21 Pro+.

En s’attaquant à ce brevet, Viltrox vise directement la protection sur laquelle Nikon pourrait fonder ses réclamations : une manœuvre défensive classique. Viltrox préfère ainsi contester la validité du brevet plutôt que se défendre uniquement sur le terrain de la contrefaçon.

Une réserve toutefois : aucune source ne confirme formellement que le brevet invalidé est bien celui invoqué dans le procès de Shanghai. Le lien est cohérent au vu de l’objet (l’interface mécanique de la baïonnette) mais cela reste, à ce stade, une déduction.

Objectif Viltrox AF 35 mm f/1,2 Lab en monture Nikon Z

Une portée bien réelle… mais limitée à ce stade

Il faut cependant modérer l’ampleur de cette décision. En effet, elle ne concerne qu’un seul brevet, et non l’ensemble de la propriété intellectuelle de Nikon sur la monture Z. Les autres brevets du constructeur restent valides.

Toutefois, l’affaire n’est pas terminée, car Nikon dispose de trois mois pour saisir le tribunal de la propriété intellectuelle de Pékin et contester l’invalidation. Tant que ce délai n’est pas expiré ou que l’appel n’est pas tranché, le brevet reste en vigueur.

Ce que cette décision change (ou non) pour les constructeurs tiers

Pour les fabricants d’optiques chinois (Viltrox, mais aussi 7Artisans, TTArtisan ou Meike), la décision pourrait constituer un précédent utile. Si elle est confirmée, elle abaisserait l’un des obstacles à la conception d’objectifs autofocus en monture Z sans se heurter à ce brevet précis.

Mais rien n’est encore joué. Comme nous l’écrivions en janvier, la monture Z a longtemps suivi une philosophie plus ouverte que la monture RF de Canon, qui resté obstinément fermée aux optiques tierces plein format et autofocus. L’issue de ce bras de fer déterminera de quel côté penchera finalement Nikon : celui de l’ouverture, ou celui du verrouillage à la Canon.

Pour les nikonistes déjà équipés en Viltrox, rien ne change dans l’immédiat. Mais le feuilleton, lui, est loin d’être terminé.