A 32 ans, la jeune photographe Camille Lévêque nous présente ses multiples facettes et personnalités au festival Circulation(s) 2018 ce printemps au Centquatre.

Camille Lévêque Live Wild

Americana © Anna Hahoutoff

C’est grâce aux voyages que Camille s’est intéressée à la photographie. Etant sur la route une grande partie de l’année, elle a ressenti le besoin de capturer tout ce qu’elle voyait et vivait. Ayant repris son métier de photographe à plein temps il y a quatre ans, l’artiste a eu envie de faire beaucoup de chose et de présenter le tout dans un collectif innovant.

Camille Lévêque

Dads © Camille Lévêque

Afin de rendre les séries photo plus accessibles et plus compréhensibles pour tous, la photographe a repris le concept d’alias dans son collectif Live Wild. Elle ne présente pas qu’une personne mais sept personnes au total, avec chacune des travaux différents.

Cette idée lui est venue en lisant les poèmes de Fernando Pessoa, un artiste portugais qui utilisait plus de quatre-vingt alias pour différents styles de littérature. Elle a voulu reprendre ce concept pour son travail : « Je me tiens à une ligne pour chaque artiste. Ça me permet d’être totalement libre dans ma production et de ne pas paraître chaotique ou éparpillée ».

Live Wild Camille Lévêque

The Price of a Back Life © Ina Lounguine

Le nom Live Wild représente pour Camille le fait qu’il faut faire les choses qu’on a envie de faire sans se poser de question : « Si on veut faire quelque chose autant le faire à fond ». Avec ce crédo, la jeune photographe laisse donc aller son imagination au grès de ses voyages et de ses rencontres.

Et on s’en rend compte rapidement en visionnant son site Internet. Dès l’entrée, une série de vieilles vidéos s’enchainent avec rythme avant de découvrir sans écriture les images des différentes séries de chacun des personnages. « Je trouve que dans le monde de l’art contemporain et surtout de la photographie, tous les sites se ressemblent, tout le monde est terrorisé à l’idée d’avoir l’air pas sérieux, pas crédible et pas légitime. C’est une surenchère de chiant ».

Camille Lévêque

Latin Studies © Charlotte Fos

Dans le collectif, Camille a donc créé six personnages fictifs dont les premières lettres forment le prénom de la jeune artiste : Charlotte, Anna, Margueritte, Ina, Lucie, Lina. Chaque personnage représente donc une partie spécifique du travail de Camille. Ina Lounguine traite plus des enjeux sociaux et politiques tandis que Lucie Khahoutian rassemble des œuvres en rapport avec l’Arménie, le pays d’origine de sa famille, immigrée en France pendant le génocide arménien en 1915. Charlotte Fos joue avec le monde digital alors que Margueritte Horay préfère le collage et le surréalisme. Quant à Lila Khosrovian, Camille expérimente plus le contraste entre la nature et l’artificielle. Enfin, Anna Hahoutoff crée principalement des projets autour des Etats-Unis, en référence à son oncle américain.

Il y a également des séries publiées sous le vrai nom de Camille Lévêque, plus personnelles, reprenant des thématiques qui lui tiennent à cœur comme la figure du père, la famille, les archives personnelles, son nom… Les personnages ont tous une histoire et un rapport différent avec Camille.

Ces prénoms et ces noms font références à des membres de la famille de l’artiste, majoritairement féminine.

© Camille Lévêque alias

Araratish © Lucie Khahoutian

Ayant grandie en France dans une famille française d’origine russo-arménienne, Camille avoue avoir eu « l’enfance la moins française possible au monde ». D’un point de vue identitaire, la photographe « se considère beaucoup de choses », pas que française : « J’ai un peu boudé la France pendant 15 ans parce que la photographie en France ça reste vraiment le photojournalisme basique. On a du mal à sortir de ça, on est très frileux. Mais il y a du changement, je pense que les années à venir vont être bien. »

Camille Lévêque

Alexander and I © Lucie Khahoutian

Les clichés sur les séries Universal Truth et Dads sont des photographies archivées depuis 2010. Camille récolte, surtout aux Etats-Unis, les photos et les albums photo qui sont jetés ou vendus par des familles pour différentes raisons. « J’ai une obsession pour les archives de famille. Ça me traumatise qu’on jète des photos, je trouve que c’est un acte très violent ». Grâce à ces albums, Camille a pu avoir une multitude de photos provenant de familles différentes venues des quatre coins de la planète prises tout au long du XXème siècle.

Camille Lévêque

Universal Truth © Camille Lévêque

En les regardant de plus près, elle s’est rendue compte qu’il y avait beaucoup de similitudes, au niveau des poses, des décors, des expressions du visage… Le projet permet de voir toutes les similitudes des modes de vie dans les différentes sociétés sur tous les continents. C’est une réflexion sur la manière dont on documente nos vies. « C’est vraiment trouver un fil rouge dans l’humanité dans toutes les sociétés ». On voit également que tout le monde fait la même chose et pour la photographe ça remet en question l’authenticité du moment et du souvenir.

Camille Lévêque

Universal Truth © Camille Lévêque

Le nom de la série Alexander and I s’inspire de deux hommes : le grand-oncle de Camille qui habitait à New York et qu’elle a peu connu, et le peintre d’art brut russe Alexander Lobanov. Les deux ont connu une dérive psychotique à la fin de leur vie et Camille a voulu leur rendre hommage par cette série photo.

Alexander Lobanov avait pour habitude d’ornementer ses peintures avec des cadres originaux et des armes à feu. Camille Lévêque a donc reprit cette idée en changeant les armes par des dagues traditionnelles du Caucase et des tapis arméniens.

Camille Lévêque

Alexander and I © Lucie Khahoutian

Pour la série Americana, Camille profite de ses voyages dans tout les Etats-Unis pour documenter chaque Etat avec des photographies. Elle est publiée sous le pseudonyme d’Anna Hahoutoff, reprenant ainsi le nom de famille de son grand-oncle de New York.

Camille Lévêque

Americana © Anna Hahoutoff

Le mont Ararat est une montagne sacrée pour les Arméniens puisque c’est là que l’arche de Noé s’est posé. Cependant, le territoire a été conquis par les Turcs en 1921, et les Arméniens ont du mal à avaler la pilule.
Ainsi, pour ne pas oublier, les Arméniens ont appelé tous leurs produits « Ararat ». La jeune photographe a donc voulu faire la série Araratish pour montrer à « quel point ça prend des proportions absurdes ce manque et cette tristesse. »

Camille Lévêque

Araratish © Lucie Khahoutian

Dads est un travail sur lequel la jeune photographe est depuis un long moment. Aucune photo ne provient de la famille de Camille, ce sont des clichés que des inconnus jetaient. La relation père-fille est importante pour la photographe qui trouve également les concepts autour de ce rapport fascinant, avec par exemple le complexe d’Œdipe.

Camille Lévêque

Dads © Camille Lévêque

A Circulation(s), Camille Lévêque va présenter le collectif Live Wild dans son ensemble avec dix séries afin de montrer le travail de tous ses alias. Nous avons choisi d’en présenter cinq en particulier pour vous laisser le plaisir de découvrir les autres travaux de l’artiste sur son site, sur le compte Instagram du collectif mais également lors du festival Circulation(s) qui accueillera également Alma Haser, Guillaume Hebert et Giulia Berto.