Robert Doisneau, photographe français le plus connu au monde, avait un style photographique particulier. Après avoir passé 5 ans chez Renault comme photographe professionnel au département publicité, il est remercié pour son manque de ponctualité. Ca devait sûrement être le meilleur cadeau qu’on ai pu lui offrir car il est ensuite devenu photographe indépendant et a sorti les plus beaux clichés de sa carrière.

Tout le monde connaît bien sûr le Baiser de l’Hôtel de Ville, la photo qui a rendu célèbre Doisneau (non pas à sa sortie mais en 1986 quand Victor Francès décide de l’éditer en poster). Plus qu’une photo prise sur le vif, cette photo fait partie d’un reportage monté pour le magazine américain Life, avec son lot de préparation pour éviter les éventuelles poursuites juridiques. Déjà à cette époque on se souciait du droit à l’image. Cette photographie est devenue une icône, et a même été reprise pour une publicité SOS Racisme.

Mais Robert Doisneau a réalisé beaucoup d’autres clichés, avec toujours comme centre d’intérêt la vie parisienne. Une « photographie humaniste » comme tout le monde s’accorde à qualifier son travail. Sur la majeur partie de ses photos, la dimension humaine prime et décrit le présent de Doisneau qui a sû créer des archétypes d’une époque que l’on pourrait presque sentir à travers ses images.

Le secret de ces clichés qui traversent les âges ?

La patience et le retrait par rapport aux sujets photographiés. D’ailleurs, Doisneau se définissait non pas comme un « chasseur d’images », mais plutôt comme un « pêcheur d’images« . Le pêcheur sait patienter pour que le poisson morde à l’hameçon, faisant le moins de bruit possible. Doisneau était donc comme cela, guettant les scènes qu’il pouvait photographier.

Je n’ai pas trouvé de détail sur le matériel qu’il utilisait, mais à mon avis il devait prendre avec lui l’appareil le plus compact possible, pour pouvoir capturer l’instant sans être trop remarqué, et réagir assez vite.

Voici quelques unes des oeuvres de Doisneau sur la vie parisienne : à redécouvrir sans modération.

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Et avant de finir, je vous indique un groupe sur Flickr qui essaye de retrouver l’esprit des photos de Robert Doisneau. Nommé « Hommage à Doisneau« , ce groupe regroupe des photos prises dans le même esprit que Doisneau. Pas facile je sais bien, mais le défi est toujours bon à prendre.

Les règles à suivre sont simples :

  • le groupe regroupe des photographies de personnes, prises de manière spontanée et dans un environnement urbain. Pas de silhouette lointaine ou de portrait rapproché.
  • les images doivent posséder un aspect scénique : la photo doit raconter une histoire, et on doit s’imaginer qu’il y a un « avant » et un « après » à cette image.
  • pas de nudité, pas de HDR, mais vous pouvez faire les modifications que vous voulez.
  • pas de paysage ni de vue globale sur une ville. Il doit se dégager un moment dans la photo.

Vous êtes ainsi en bonne compagnie pour continuer à explorer la philosophie de Robert Doisneau.

  • Très sympa cet article, et plutôt bien référencé. J’aime particulièrement l’idée de « pêcheur d’image ». Je n’ai jamais été à l’aise avec celle de « chasse », comme dans la vraie vie d’ailleurs. Le pêcheur attend patiemment que les éléments lui offrent quelque chose, le chasseur traque et agresse. J’espère arriver à pêcher un de ces jours !

  • De mémoire, à la fin de sa vie, Doisneau shootait avec des leica R (peut être un R5) et des focales fixes (du 24 au 180). Dans divers articles et interviews ue j’ai pu lire, il me semble qu’il a utilisé pas mal d’appareils et de formats : du leica III et rolleiflex à la Linhof Technika 4×5.
    Maintenant l’appareil n’est qu’un outil qui s’adapte à la situation et c’est d’abord l’oeil du photographe qui fait la photo ;o))
    Papouilles normandes

    • NorbertGabriel

      C’est ça, dans les premières décennies, c’était surtout le Rolleiflex 6×6 quand on voit les planches contact c’est en grande majorité du 6×6… Que des éditeurs ou revues ont parfois recadré un peu n’importe comment.

  • Merci François pour ces précisions. Et comme tu dis l’appareil n’est qu’un outil, mais il est bon de connaître les outils des artistes 😉

  • Pingback: Peter Turnley, photographe amoureux de Paris | Phototrend.fr()

  • dc

    selon Wikipédia, il aurai travaillé 5 ans chez Renault et non 30

    • Merci, c’est corrigé.

  • Pingback: Photographes Coups de Coeur | Blog perso - David Huitorel photographie()

  • Quentin

    Bonjour ! Un article très complet mais avec un détail un peu embêtant: les photos de Doisneau n’ont jamais été prises sur le vif, c’était justement des mises en scène volontairement créées pour donner un effet d’instantané et de vitesse ,avec des flous artistiques sur les personnages en marche. Il l’explique lui-même dans un de ses livres, là je vous cite une professeur d’expression artistique.

    • NorbertGabriel

      Pour être précis, la plupart du temps, Doisneau choisissait un décor et attendait qu’il se passe quelque chose, qu’il n’avait pas provoqué. Par contre, avec Prévert, et Maurice Baquet ils ont fait ensemble beaucoup d’images mises en scène. C’était devenu un jeu entre eux, Baquet est allé jusqu’à envoyer à Doisneau un billet pour New York pour faire une photo de lui et son violoncelle, Doisneau détestait l’avion et quitter Paris… Sauf en famille…

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  • Lavoleusedemots

    J’adore cet article, et les photos sont géniales 😉

  • NorbertGabriel

    Pour le matériel, Doisneau a utilisé très longtemps un Rollei 6×6 il est venu au 24×36 assez tard.. Il l’explique dans un de ses livres, le 6X6 impose au photographe de se pencher sur le boitier, comme s’il faisait une révérence devant le sujet.

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