L’exposition « Jeunes photographes de la Bourse du Talent », à la Bibliothèque François Mitterrand, rassemble jusqu’au 7 février 2016 les photographies récompensées ou saluées par l’édition 2015 de la Bourse du Talent. Ce prix, délivré par Photographie.com, Picto, Nikon et Initiatives, vise à faire émerger de jeunes photographes qui ont du potentiel. Et le cru 2015 se distingue par un colossal travail de documentation produit par les photographes.

Un effort remarqué par le président de la BNF, Bruno Racine : « Les onze photographes lauréats ou remarqués par la Bourse du Talent 2015 ont pour particularité de donner un temps de regard à leur sujet […] car ce qui frappe ici c’est bien l’impression d’être face à des travaux au long cours, documentés, mûris. »

Et Bruno Racine a aussi diagnostiqué deux obsessions récurrentes, deux thèmes qui reviennent  sans cesse dans les photographies exposées le long du couloir de sa bibliothèque. D’abord la marginalité, incarnée par « Le village », un reportage coup de cœur du jury, réalisé par Cyril Marcilhacy, et à retrouver dans le 7e numéro d’Epic Stories. Mais la marginalité se perçoit aussi à travers ces Russes écologistes, isolés dans une taïga hostile, par Yann Lauscher. Et enfin le travail de Karolin Klüppel, portraitiste de femmes de Khasi. Leur autre obsession, c’est le corps, avec la série de Laura Bonnefous « Out of line », et sa mise en scène des corps marchands, ou les photographies de Laurent Kronental, qui saisissent les corps marqués par le temps, et celles de Michel Slomka, exposant les corps marqués par la guerre.

Cette exposition est donc l’occasion de découvrir quatre lauréats talentueux : Michel Slomka, Karolin Klüppel, Laura Bonnefous, et Laurent Kronental.

Michel Slomka

Crédits : Michel Slomka

La maison de la culture, à Pilica. Environ 500 hommes ont été abattus dans ce théâtre le 16 juillet 95. Crédits : Michel Slomka

Depuis 2010, Michel Slomka, attaché à la photographie documentaire, travaille autour des questions d’exil, d’identité et de mémoire. La série lauréate de la Bourse du Talent, « Srebrenica, le retour à la terre », raconte le retour d’un homme, Sadmir, à Srebrenica (Bosnie-Herzégovine).

Crédits : Michel Slomka

Portrait de Dzelaludina Nukic-Pasic, revenue à Srebrenica en 2006, après onze ans d’exil. Elle est aujourd’hui mariée à Sadmir, le père de ses deux enfants. Crédits : Michel Slomka

En 1995, Sadmir fait partie des enfants déportés à Tuzla. Les Serbes de Bosnie viennent alors d’achever un nettoyage ethnique, tuant près de 800 hommes musulmans et forçant leurs familles à l’exil. Mais, comme Sadmir, certains ont décidé de revenir. Sadmir avait seulement 24 ans quand, en 2006, il est rentré à Srebrenica.

Karolin Klüppel

La curiosité de Karolin Klüppel, diplômée de l’École des Beaux-Arts de Lisbonne, se porte depuis longtemps sur les groupes et les sociétés autochtones, en particulier matrilinéaires, c’est-à-dire dans lesquels seule l’ascendance maternelle est prise en compte dans la transmission entre générations.

Dans cette série, « Le royaume des filles », elle plonge dans une société matrilinéaire du Meghalaya, un État indien coincé entre le Bangladesh et le Bhoutan. Cette population s’appelle les Khasi, et pour eux la ligne de succession passe par la plus jeune fille. Karolin Klüppel a passé neuf mois aux côtés des jeunes filles Khasi, offrant des clichés de leur vie quotidienne, parfois dans des instants d’intimité.

Laura Bonnefous

Laura Bonnefous est une photographe parisienne résolument créatrice et inventive. Diplômée des Beaux-Arts de Paris, elle commence à se faire connaître en 2009, avec des expositions au Centquatre et à la Cité internationale des arts de Paris. Cet été, elle a réussi à exposer son travail au Onishi Studio, au Japon, et au Musée d’Art contemporain de Bangkok.

Elle a été récompensée pour la catégorie Mode, avec sa série « Out of line ». Pour ces photos, elle a mis en scène des vêtements et des corps, dans un jeu de matière et d’espace qu’elle maîtrise parfaitement. Ces photos ne sont d’ailleurs pas loin d’être sculptées par les mains habiles de cette Parisienne déjà repérée lors de l’édition 2014 de la Bourse du Talent.

Laurent Kronental

Crédits : Laurent Kronental

Jacques, 82 ans, Le Viaduc et les Arcades du Lac, Montigny-le-Bretonneux, 2015, Crédits : Laurent Kronental

Les grandes métropoles ont séduit Laurent Kronental. Fasciné par l’architecture, il a été primé dans la catégorie Paysages pour ses photos qui font le lien entre les grands ensembles urbains et les hommes. Sa série « Souvenir d’un futur » fait le constat du vieillissement des constructions et de la génération qui y vivait.

Crédits : Laurent Kronental

Alain, 80 ans, Les Damiers, Courbevoie, 2013, Crédits : Laurent Kronental

Ces bâtiments, avant-gardistes au moment de leur érection, sont maintenant les délaissés de la région parisienne. Les seniors, qui s’étaient installés pendant les Trente Glorieuses, ont vu ces édifices vieillir en même temps qu’eux. Et une partie de ces personnes âgées y vivent encore. Pour Laurent Kronental, ils sont la mémoire de ces espaces.

Infos pratiques

L’exposition des jeunes photographes de la Bourse du Talent est visible jusqu’au 7 février 2016, Allée Julien Clain dans la Bibliothèque François Mitterand à Paris.

L’accès le plus direct se fait par l’entrée est, face au 25 rue Émile Durkheim ou avenue de France, à proximité de l’entrée du cinéma MK2, dans le 13e arrondissement.

L’entrée est gratuite et possible le lundi de 14h à 20h, du mardi au samedi de 9h à 20h et le dimanche de 13h à 19h, hors jours fériés (fermé).

Plus de détails sur l’accès en transports en commun, sur le site de la BNF.